MENACES DU VILLAGE VOISIN
jusqu'à ce qu'ils eussent payé leur dette. — «S'il en est ainsi, leur demanda Igala, que ne venez-vous chercher nos bagages pour nous conduire vous-mêmes au milieu de vous? « À cette question ils firent une réponse évasive. Ils voulaient convoquer le peuple en conseil pour examiner l'affaire; on répondrait le lendemain, ete., etc. Il n'était guère possible de se contenter de cette explication. Oh! que n’avais-je là une troupe armée, capable de se faire jour par la force à travers ces stupides sauvages, obstinés à me fermer le passage ! avec vingt hommes comme [gala et Macondaï, j'aurais défié tous ces fanfarons , et je serais parvenu à traverser, cette fois, la moitié du continent africain !
Avant de se coucher, on coupa de grosses branches qu'on alla échafauder tout autour du campement, espèces de barricades dont le bris et le craquement ne manqueraient pas de nous donner l'alerte, dans le cas d’une surprise nocturne. Je m'attendais du reste à quelque attaque de ce genre; car je voyais de temps en temps de petits groupes de nègres se glisser dans le bois, jeter leur coup d'œil sur notre position, et se retirer ensuite avec précaution. Ils étaient armés de piques barbelées, ou de javelots pareils à ceux que portent les Fans, et que l’on tire du pays des Ashanguis. Je ne dormis pas de toute la nuit; mes hommes faisaient le quart à tour de rôle, se relevant de trois en trois heures. Je m'amusais, pendant ces veillées, à leur faire raconter des histoires à haute voix, pour bien indiquer aux rôdeurs de nuit que nous étions sur nos gardes.
26 Juillet.— Le matin, de bonne heure, comme je l'avais prévu, il m'arriva de Mouaou une députation, composée de tous les anciens du village, qui, l’affliction peinte sur le visage, me demandèrent pourquoi je les avais quittés. Ils me supplièrent de revenir, en répétant que ce n’était pas leur faute si mon voyage avait été retardé, mais bien celle des villages voisins du leur; ils s’engagèrent par serment, si je consentais à retourner chez eux, à me donner les moyens de partir sous deux jours au plus tard, par une autre route, dans la direction du sud-est, en évitant de passer devant les villages hostiles, dont les habitants, me dirent-ils, avaient maintenant concu un nouveau projet, celui de m'accompagner dans mon expédition, puis de m'abandonner en pleine forêt et de s'enfuir avec mes bagages.
[ls m'assurèrent qu'il y avait trois routes qui conduisaient de leur village dans le Njavi : une au nord-est, une autre à l’est, et la troisième au sud-est.
Comme je ne recevais pas de l’autre village la réponse que l’on avait promise à Igala, et que les députés de Mouaou me paraissaient sincères dans leur repentir, je consentis à retourner chez eux. En
peu d'instants, tous mes bagages furent chargés sur leurs épaules et
ce fut au milieu de leurs cris de joie que nous remontâämes vers leur village. Toute la population vint au-devant de nous pour nous faire fête. Le chef arriva en grande pompe, fraîchement peint et faisant sonner la clochette royale; il nous confirma les promesses des anciens et nous offrit des chèvres et des bananes. Bientôt après, la Aondé, où première femme du chef, vint nous dire qu'elle allait nous faire cuire un grand pot de racine de koa. Tout marchait pour