CHAPITRE XVIII
RETRAITE DE L’ASHANGO
On propose un palabre au sujet de l’homme tué. — Une femme tuée. — Cri de guerre. — — Commencement de retraite. — Igala et moi nous sommes blessés par des flèches empoisonnées. — Macondai et Rebouka ne s’échappent qu'à grand'peine. — Nous sommes poursuivis de près par les indigènes. — Collections, notes et papiers jetés dans les broussailles. — Première halte. — Deux hommes tués. — La poursuite continue, — Nouvelle blessure. — gala tue l’archer. — Seconde halte. — Traversée du Bembo. — Nous passons devant Mobana. — On nous poursuit toujours. — Dernière halte. — On cesse de nous poursuivre. — Nous nous arrêtons. — Toute la troupe est réunie. — Nous couchons dans la forêt. — — Marche de nuit dans Niembouai. — Conduite amicale du chef. — Bon accueil dans un Village-Plantation. — Arrivée de Magouga. — Nous continuons notre marche de retraite vers l'Ishogo.
Un moment, je crus voir quelque chance d’accommodement. [gala était parvenu, à force de cris, à faire comprendre aux chefs et aux anciens du village tout épouvantés, que le meurtre commis n'était qu'un accident malheureux, et que je leur rembourserais la valeur de vingt hommes, s'ils consentaient à m'’écouter. J'étais vite allé prendre une grande quantité de perles et de morceaux de toile, que j'avais étalés par terre au milieu de la rue, comme pour racheter le sang versé. Un des notables, un peu calmé, s'était même entremis en disant : — « C’est bien; nous allons tenir un palabre pour délibérer, » et le tambour de guerre avait cessé de se faire entendre. Mais ce n'était qu'un rayon de soleil au milieu de l'orage. À ce moment même, une femme se précipita hors d'une cabane, en gémissant et en s’arrachant les cheveux. La première femme du personnage même qui venait de nous parler de ce ton radouci venait d'être tuée aussi par la fatale balle qui, après avoir fracassé la tête du malheureux nègre, avait percé la mince paroi de la cabane.
Tout ceci fut l'affaire de quelques instants. Un cri général s’éleva : « Guerre ! guerre! » et tous les hommes coururent à leurs lances et à leurs arcs. Je donnaïi l’ordre de la retraite, car je vis tout de suite qu'il n'y avait plus aucune chance de paix et qu’une lutte à mort allait s'engager. Nous nous mimes en marche ; Igala prit le meilleur des chiens qui nous restaient et se mit à la tête de nos hommes; moi, je me chargeai de soutenir l’arrière-garde; il était temps : avant que nous eussions gagné la route de la forêt, on nous décocha une volée de flèches. Igala fut blessé à la jambe, et l’un de ces traits, m’atteignant à la main, s’enfonça dans un de mes doigts jusqu’à l'os. Macondai et Rebouka, en quittant le village, faillirent être transpercés par des lances et ne parvinrent à repousser les assaillants qu’en les tenant en respect avec leurs fusils. Si je ne les avais pas empêchés de faire feu, ils auraient tué un grand nombre de ces furieux. Les hurlements sauvages et les imprécations menaçantes des bandes qui nous serraient de près étaient bien faits pour nous exaspérer. Cependant je défendis à mes hommes de tirer, car nous étions dans notre tort; en même temps, je criai à nos ennemis que nous ne ferions pas feu sur eux, s'ils voulaient s'arrêter là, mais que s'ils faisaient mine de nous poursuivre dans la forêt, nous les tuerions. Mes fidèles Commis se conduisirent à merveille; pleins de courage et de sang-froid, ils se maintinrent en bon ordre dans la rue même du village, et protégèrent notre retraite.
Ceux qui nous poursuivaient avaient un certain désavantage : obligés de s'arrêter pour bander leur arc et pour ajuster, ils nous perdaient quelquefois de vue dans le sentier tournant de la forêt. En outre, ils n’osaient pas nous aborder corps à corps, quoique nous fussions souvent assez près d'eux pour entendre leurs provocations. Ils nous criaient, par exemple, que ce n’était pas la peine de chercher à leur échapper; que nous ne connaissions pas notre chemin à travers les bois, et que nous n’en sortirions pas vivants. Leur fureur éclatait surtout contre Igala, qu'ils appelaient Malanga; ils le maudissaient lui et sa mère dans les termes les plus révoltants. « —Vous avez goûté du sang, lui criaient-ils, il faut que nous goûtions du vôtre! » Tls couraient çà et là, ils coupaient au plus court, à travers les fourrés, et nous avions toujours à craindre. que, de derrière un