‹ L'Afrique sauvageChapitre 115 sur 196 · MARCHE DE NUIT DANS NIEMBOUAI · texte numérisé non relu

MARCHE DE NUIT DANS NIEMBOUAI

à nous conduire dans la forêt), nous reprimes notre marche, Igala traînant sa jambe blessée, et moi, au milieu de mes hommes , leur prodiguant des paroles d'encouragement. Au bout de quelques instants, comme nous arrivions à un endroit où le chemin se divisait en deux branches, il s’éleva une discussion entre mes hommes sur le sentier qu'il fallait suivre. Rebouka. qui était alors à notre tête, se prononça pour l’un, mais Neoma soutint que l’autre était le bon ; il le reconnaissait, disait-il, à un certain piége à monkey devant lequel nous avions passé en nous rendant à Niembouai-Olomba. La majorité néanmoins adopta l’avis de Rebouka. Nous nous engageämes donc après lui dans le sentier qu’il voulait prendre.

Nous cheminâmes ainsi jusqu'à midi, heure à laquelle il fallut s'arrêter pour chercher quelque nourriture ; car nous mourions de faim. On se dispersa pour aller fourrager de droite et de gauche, et bientôt deux de nos hommes revinrent tout joyeux ; ils avaient rencontré un petit bois de bananiers, où ils avaient cueilli des bananes presque mûres. Nous fimes du feu sur le bord d’un ruisseau ombragé par des arbres, et nous apprètämes notre repas. Quelques instants après, nous nous remimes en route, et nous arrivämes à un petit village entouré de plantations, dont l’aspect était tout nouveau pour nous, car nous n'avions point passé par là en venant. Ngoma triomphait, tandis que Rebouka et ses partisans étaient mortifiés de leur méprise. Je fus obligé d'intervenir pour les empêcher de se quereller; après quoi nous entrâmes hardiment dans le village, tout prêts à haranguer le peuple.

I se trouva que les plantations, dont le village n’était qu'une dépendance , appartenaient à l’un des chefs de Niembouai-Olomba . le premier après le roi, un beau vieillard, dont les cheveux étaient blancs comme la neige, et dont les traits avaient cette expression de bonne humeur si fréquente chez les nègres dont la condition est aisée. Il nous accueillit avec beaucoup de bienveillance et nous invita à nous arrêter chez lui. Nous acceptämes, et sur-le-champ il ordonna à ses femmes de nous faire cuire une poule et des bananes. Les femmes donnèrent en outre à mes hommes des cannes à sucre et des noix mpégui, tandis que le vieux chef s’excusait de n'avoir pas de chèvre à nous offrir.

Les habitants du village nous demandèrent naturellement pourquoi nous revenions si vite. Mes hommes ne se firent pas prier pour contenter leur curiosité; mais ils eurent soin de cacher notre agression bien involontaire. Ils racontèrent que nous avions été attaqués, et qu'il avait fallu livrer bataille pour assurer notre retraite. Chacun d'eux se vanta de ses faits d'armes et de ses prouesses, énumérant tous les guerriers de Mouaou-Kombo que son bras avait abattus.

Pendant ces explications, survint notre ancien guide Magouga. L'arrivée de ce vieux serviteur fut un coup de fortune, et son amitié pour nous se signala réellement dans ces circonstances critiques. Avant entendu dire, à Niembouaï, où il était allé le matin, que nous étions passés par là pendant la nuit, il était parti aussitôt pour nous rejoindre. I fallait qu'il eût marché bien vite. Il parut enchanté de nous revoir. I nous dit que, s'il était retourné de Mobana à Niembouai-0lomba, c'était pour v attendre des nouvelles de l'accueil qui nous avait été fait dans le pays de Njavi; car il augurait mal des obstacles que nous devions trouver chez les habitants de FAshango supérieur, qui étaient de mauvaises gens. Reconnaissant du service que je lui avais rendu à Mobana, en le dérobant à la fureur du peuple déchaîné contre lui sur une accusation de vol, il promit de favoriser notre retraite, en nous ramepnant sains et saufs chez les Ishogos. Magouga, du reste, ne semblait pas avoir une idée bien nette de ce qui s'était passé à Mouaou. Tout ce qu'il savait, c’est que les habitants nous avaient repoussés, et que nous leur avions tué plusieurs hommes. Il nous apprit qu'un des individus frappés par [gala était le premier guerrier de Mobana, et que ce serait probablement un casus bell entre les sens de Mobana et ceux de Mouaou, à qui l’on imputait cette mort. La population de Mobana, au moment de marcher contre le village de Mouaou-Kombo, s'était déjà mise à faire cuire le plat de guerre’. II

1. Le plat de guerre est un pot plein d’herLes magiques et de fétiches, que l'on fait bouillir à la veille d'entrer en campagne. On choisit à cet effet le plus grand vase possible, et cette opération culinaire est confiée au docteur ès fétiches le plus renommé de la tribu. Aussitôt que la cuisson est complète, les guerriers avalent la partie la plus comestible de cette préparation et se frottent le corps avec le reste. Lorsque par ce repas et ces simagrées ils se sont monté la tête au degré voulu, ils partent pour attaquer le village qu'ils se proposent d'emporter d’assaut.

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