‹ L'Afrique sauvageChapitre 116 sur 196 · NOUS CONTINUONS NOTRE MARCHE · texte numérisé non relu

NOUS CONTINUONS NOTRE MARCHE

était évident, d'après les Informations confuses de Magouga, que tout le pays était en combustion derrière nous. Il me dit que les habitants de Mouaou avaient abandonné leur village pour se réfugier dans les bois, craignant que je ne revinsse le brûler. A les en croire, toutes les flèches qu'ils m'avaient décochées rebondissaient sur moi, au lieu de me percer. Aussi étaient-ils troublés de frayeurs superstitieuses, à l'endroit d’un être si mystérieux. Il faut dire que moi et mes nègres nous avions gardé un secret absolu sur mes blessures ; car mes fidèles savaient aussi bien que moi combien il importait de maintenir mon prestige par ma réputation d'invulnérabilité, privilége surnaturel que les Ashangos m'attribuaient d’un commun accord. Magouga avait même entendu dire qu'une fois je m'étais changé en léopard, et que blotti dans un arbre, je m'étais élancé de là sur les guerriers qui attaquaient ma troupe ; qu'une autre fois, je m'étais métamorphosé en gorille, puis en éléphant, jetant la terreur et Ja mort dans les rangs ennemis. Magouga termina ses fantastiques histoires en sollicitant de moi le don d’un fétiche de guerre; car, suivant lui, je devais posséder l’art de fabriquer des fétiches, moi qui avais su échapper si miraculeusement avec mes hommes à la poursuite de tant de guerriers. |

Réconfortés par quelques heures de repos et par une bonne nourriture , nous nous remimes en route, cette fois sous la conduite de Magouga. En me séparant du bon vieux chef de la plantation, je lui donnai quelques perles et une boîte de poudre rouge ; présent qui le ravit au delà de toute mesure et qu'il promit de garder en souvenir de moi. Ce fut un bonheur pour nous, après tout, d’avoir pris le mauvais sentier ; car nous y gagnâmes d’abord de rencontrer un chef hospitalier, puis d'éviter le village de Niongo, qui aurait pu, sinon nous opposer de sérieux obstacles, au moins retarder encore notre marche.

Page 1