CONFLUENT
EXPLORATION DE L'OKANDA.
L'OGOBAIT. 337
Lorsque j'eus éveillé l'attention publique sur le grand bassin de l’'Ogobai, les préoccupations des Français se portèrent de ce côté, et deux expéditions furent entreprises, l’une en 1862 et l’autre en 1864.
Malheureusement elles eurent lieu dans le plus mauvais temps de l’année, à l’époque de la saison sèche, quand les eaux des fleuves et des rivières sont basses et encombrées de bancs de sable.
La première expédition n’atteignit pas les confluents de l'Okanda et de la Ngouyai; mais plus tard, M. Serval, dont l'esprit d’entreprise fait honneur à la marine française, descendit du haut Gabon, se rendit par terre à l’Ogobai, et parvint à un point très-rapproché de la jonction des deux rivières *.
La seconde expédition n’a pas eu plus de succès que la première. On la commença en juillet, au lieu d'attendre au mois de novembre. Néanmoins elle avait un grand avantage sur l’autre, c’est que le bateau à vapeur était plus grand et la machine plus petite. On remonta jusqu'au confluent de l'Okanda et de la Ngouyai. Par malheur, je n'ai vu nulle part aucune relation de cette expédition intéressante qui s’avança un peu plus loin que la première. L’exploration de l’Okanda sera un grand service rendu à la science géographique. Les Français, étant maîtres du Gabon, peuvent plus facilement que d’autres obtenir de bons résultats.
Le climat. — Après avoir donné un apercu général de la confi-
A. La carte dressée par M. Serval ne parut qu'après mon départ pour mon second voyage en Afrique. Ce fut mon ami M. V. A. Maltebrun qui me l’envoya, avec une aimable lettre qui me témoignait sa satisfaction de me voir enfin justifié ; car beaucoup de gens avaient prétendu. en Angleterre, que je n'étais allé nulle part; le docteur Barth, entre autres, m'avait fait l'honneur de borner, sur la carte, mes explorations les plus reculées à une fort petite distance des côtes. |
Je n'ai pas vu l'Eliva-Olanga, appelé par M. Serval l'Eliva-Jonanga. Lorsque j’allai aux chutes de la Ngouvyai, j'appris que ce lac se trouvait de l’autre côté des montagnes de l’Ashango. Sous le rapport de la latitude, cette situation s’accorderait avec ma carte; mais les observations astronomiques que j'ai faites la rejetteraient plus à l’ouest. Peut-être ne devrais-je pas m'en rapporter aux distances que j'ai prises à Olenda ; mais à Mayolo j'ai fait un grand nombre d'observations sur les distances lunaires, et je crois avoir déterminé exactement la longitude de cet endroit.
Un Eliva n’est pas à proprement parler un lac, mais plutôt une masse d’eau courante très-large, encaissée entre des montagnes .
guration de cette partie de l'Afrique, nous dirons quelques mots du climat.
Malheureusement le manuscrit où j'avais consigné toutes mes observations sur les pluies, sur la durée des averses ou des orages, sur la chaleur solaire et sur l'atmosphère, a été perdu dans ma retraite désastreuse. J'ai seulement pris çà et là quelques notes ; aussi me sera-t-il impossible de donner au lecteur, dans ce chapitre, un résumé général de mon journal.
Les montagnes de l’Ashango paraissent être, suivant l’expression des nègres, un nid de pluie. Je doute qu’il y aït aucune contrée du globe où la pluie tombe aussi abondamment que dans les régions montagneuses de l’intérieur. Sur la côte occidentale, dans le voisinage de l'équateur, il n’y a que deux saisons : la saison pluvieuse et la saison sèche, comme je l’ai expliqué dans l’Afrique Equatoriale.
Les pluies commencent en septembre et finissent en mai. En 1864, il y eut, comme je l’ai écrit, une très-longue saison sèche. On l'appelle Enomo onguero, c’est-à-dire exceptionnelle. La saison sèche s'étend du mois de juin au mois d’août.
A la hauteur de Mayolo, à l’est, ou plutôt à celle des montagnes de l'Ishogo, les saisons n’ont pas un caractère bien tranché. Comme le lecteur peut le voir en suivant mon voyage, plus je m’avançais à l’est, et moins la saison sèche s’accentuait.
C'est de l’ouest que part la sécheresse; la pluie, au contraire, vient de l’est. Au nord de l'équateur, la pluie semblait venir du nord-est; mais au sud de l'équateur, elle paraissait venir directement de l’est. Plus je m'avançais dans l’Ashango, plus le sol s'élevait et plus en même temps il devenait humide; pourtant il n’y avait ni tonnerre, ni éclairs, ni grosses averses. À cette époque néanmoins, la rivière l'Eckmühl, ou la Ngouyai et ses affluents paraissaient bien au-dessous du niveau qu'ils atteignent dans la saison humide. Il est un fait remarquable, c’est que plus je remontais ces courants, plus je trouvais leurs eaux basses.
Ilest clair qu'il pleut toujours, plus ou moins, toute l’année dans les régions montagneuses de l’intérieur; et s’il pleut là au plus fort même de la saison sèche, que doit-ce être dans la saison humide?