‹ L'Afrique sauvageChapitre 136 sur 196 · FORME DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

FORME DU GOUVERNEMENT

il y a même des villages du même clan qui sont en guerre les uns contre les autres.

Dans certains cas, une fraction de tribu ne sait rien du reste de cette tribu.

Plus j'avançais vers l’est, moins je voyais les habitants voyager, et moins aussi ils étaient au fait de ce qui les entourait ; car ils n’ont point de commerce qui les pousse aux voyages. Je fus étonné cependant de la grande analogie que toutes ces tribus présentaient les unes avec les autres. On ne connaît là d'autre forme de gouvernement que le système patriarcal. Chaque village à son chef; et quand on s’avance dans l’intérieur, on voit le gouvernement entre les mains des anciens, ou vieillards, chaque ancien ayant une autorité directe sur telle ou telle partie déterminée du village. Il y a dans chaque clan ce qu’on appelle lIfoumou, ou chef reconnu du clan (/foumou veut dire la source ou le père).

Je n’ai jamais pu tirer des indigènes l'explication du fractionnement de leurs tribus en clans. Ils n'avaient pas l'air d'en connaitre l’origine. Quant à présent, il ne se forme plus de nouveaux clans.

Les rois n’exercent jamais leur domination sur une bien grande étendue de pays, comme on le voit aussi dans l'Afrique orientale. L'habitation du chef et de l’ancien ne se distingue pas de celles de leurs voisins.

Le despotisme est inconnu dans cette partie de l'Afrique. Personne ne peut y être mis à mort sur la seule volonté du chef. C'est toujours le conseil des anciens qui doit prononcer quand la vie d'un homme est en jeu; dans ces cas-là même le palabre se prolonge longtemps, et ce n’est qu'à une grande majorité que l'arrêt de mort est porté. Les subtilités légales n’ont rien à faire dans ces décisions : dent pour dent, œil pour œil, c’est leur maxime. En cas de blessure ou de meurtre involontaire, l’imprudence n'est point admise comme circonstance atténuante. Si un homme en tue un autre par mégarde. en laissant choir sur lui un arbre qu'il était en train d’abattre, il est mis à mort. Si un fusil part par accident et tue un homme, celui qui tenait le fusil est mis à mort. La présomption est, dans ce cas, que l’auteur de l'accident a le don fatal d’aniemba (de sorcellerie), et qu'il faut se débarrasser de lui. Mais. quoique personne n’ait le droit

de tuer un homme libre (quant à la vie des esclaves, elle est à la merci de leur maître), malheur à ceux ou à celles qui ont encouru le déplaisir ou la haine du chef de la famille! celui-ci saura les compromettre tôt ou tard dans queique palabre de sorcellerie, et les obligera à boire le terrible mboundou; où bien, en excitant les craintes superstitieuses du peuple, il réussira à se débarrasser d'eux par l’esclavage ou par la mort. Il y a fort peu de cas où un chef de famille soit amené à boire le mbhoundou, car il peut à son tour forcer quelque autre personne à le boire. Chacun est sous la protection des siens. Si par la mort de sa famille un nègre se trouve isolé, il court grand risque d'être vendu comme esclave. Ce ne sont pas les prétextes qui manquent. Il faut que chacun se fasse le client d’un ancien qui prenne sa défense dans les palabres; aussi les jeunes gens et les personnes qui n’ont pas de famille s’attachent-ils à quelqu'un des anciens qui devient pour eux comme un père; ils ceSsent ainsi d’être isolés. Plus un ancien a de clients, plus sa voix est puissante dans les conseils du village. [l y a en outre une coutume singulière, appelée bola banda, qui consiste à placer ses mains sur la tête d'un ancien et à se mettre ainsi sous son patronage. Mais le protecteur ainsi choisi doit appartenir à un autre clan que le protégé.

Les tribus du sud de l'équateur semblent être d’un caractère moins farouche que celles que j'ai vues au nord de l'équateur, dans mon premier voyage. Je n’en ai pas trouvé cette fois dont les villages fussent continuellement en guerre les uns contre les autres, comme le sont les Bakalais, les Shekianis, les Mbondemos, les Mbishos et les Fans. La loi du plus fort ne règne pas chez ces tribus du sud de l'équateur; point de pillage à main armée d’un village à l’autre. Outre qu'aucun de ces villages n’est assez fort pour opprimer ses voisins, il faut dire aussi que de nombreuses alliances sont journellement contractées entre eux. C’est ainsi que la polygamie, qui traîne tant de maux à sa suite, a aussi quelques avantages.

Les tribus et les clans s’entre-croisent par mariages et forment par là des liens d'affection réciproques; mais les personnes du même clan ne peuvent se marier entre elles. La consanguinité des époux est regardée comme une abomination. Néanmoins les neveux

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