‹ L'Afrique sauvageChapitre 137 sur 196 · LOI SUR LES HÉRITAGES · texte numérisé non relu

LOI SUR LES HÉRITAGES

ne se font pas le moindre scrupule d'hériter des femmes de leurs oncles, et même, chez les Bakalais, le fils hérite des femmes de son père, sa propre mère exceptée.

Le lecteur va voir tout de suite la différence qui existe entre les tribus de l'Afrique orientale et celles que j'ai visitées. Si nous lisons Burton, Speke, Grant et Livingstone, nous voyons que dans l’est les chefs sont puissants, souvent cruels, prompts à mettre leurs sujets à mort; les villages sont continuellement saccagés par leurs voisins, les bestiaux enlevés, les populations massacrées où réduites en esclavage ; la propriété n’a aucune espèce de garantie.

La polygamie et l'esclavage existent dans tous les pays que j'ai visités. Les richesses d’un homme consistent d’abord dans le nombre de ses femmes, puis dans celui de ses esclaves. Les esclaves appartiennent toujours à une autre tribu que leur propriétaire.

La religion, si l’on peut se servir de ce mot, est la même dans toutes les tribus. Elles croient au pouvoir de leurs idoles, de leurs talismans, fétiches et mondahs, des bons et des méchants esprits. Le mahométisme n’a point pénétré dans ces immenses forêts. Tous ces hommes ont foi dans la sorcellerie; croyance qui fait périr des milliers de victimes, et qui a, je crois, moins d’empire dans l’est que dans l’ouest, si j'en juge du moins par les impressions des voyageurs de la côte orientale. Ces peuples accueillent aussi avec une crainte superstitieuse chaque apparition d’une nouvelle lune.

Leurs lois sur les héritages sont partout les mêmes, excepté chez les Bakalais.

Les tribus occidentales croient à l’alumbi, particularité que les voyageurs de l’est passent sous silence. [ls parlent cependant de craie magique et de petites maisons qui contiennent des mâchoires ou des ossements humains.

La coutume occidentale du Djembai (voir l'Afrique Equatoriale) est connue dans l’est sous un autre nom. Partout, à l’est comme à l’ouest, les docteurs ont la même influence et les mêmes fonctions; on les appelle presque du même nom : ouganga, uganga chez les uns; Mganga, nganga chez les autres.

La loi sur les héritages, chez les tribus de l’ouest, veut que le frère plus proche hérite des biens du frère aîné (femmes, esclaves, etc.),

mais que si le plus jeune frère vient à mourir le premier, ce soit l'aîné qui hérite. A défaut de frères, c’est le neveu. L'autorité sur le clan où sur la famille est héréditaire et suit la même loi que la propriété. Dans le cas où tous les frères sont morts, le fils aîné ou la fille aînée recueille la succession; et ainsi de suite jusqu’à ce que la branche entière soit éteinte. Tous les clans sont censés descendre du côté maternel.

Ce qui me surprit aussi, c'est qu'à chaque nouvelle succession l'héritier changeait de nom. Ainsi le chef du clan Abouya des Commis s'appelait autrefois Oganda; le frère puiné s'appelait Quenguéza, et le plus jeune Kombé-Niavi. Mon ami Quenguéza, héritier des deux autres, à successivement porté ces trois noms. Maintenant on l’appelle Oganda, et personne n’oserait lui donner son ancien nom de Quenguéza. On prend généralement le nouveau nom après la fête de la Bola Ivoga.

A mon second voyage, le chef bakalai Obindji s'appelait Ratenou, du nom de son père, les Bakalais étant le seul peuple, à ce que l’on m'a dit, chez qui le fils hérite des biens paternels.

La seule coutume qui ne règne pas sur la généralité des tribus est le cannibalisme, dont je n’ai trouvé ni trace ni souvenirs quelconques chez les tribus que j'ai visitées au sud de l'équateur. Lors de mon premier voyage dans lAfrique équatoriale, j'ai reconnu, après de longues recherches, que les Fans de l’intérieur et les populations du côté du nord-est étaient les seuls qui se nourrissaient de chair humaine; mais on n’avait pu m'indiquer jusqu'où, dans cette direction, s’étendait le cannibalisme. Jai conclu de là que le cannibalisme était venu du nord-est au sud-est, et non pas du sud au nord; hypothèse dont la vérité m'a été démontrée par mon dernier voyage. Ce qui prouve combien ces peuples ont peu voyagé, c’est que personne n’a entendu parler des Fans dans les pays du sud que j'ai visités. |

Les fables et les légendes sont à peu près les mêmes chez toutes les tribus, et j’admire comment on se les transmet si fidèlement de génération en génération.

Leurs langues, sans être les mêmes, ont de grandes affinités entre elles; mais elles paraissent dériver de deux sources bien

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