MIGRATIONS VERS L'OUEST
distinctes, ici des tribus du nord et du nord-est, là des tribus du sud et du sud-est. Sur ce sujet, je prie le lecteur de se reporter au vocabulaire comparé que je donne dans lappendice C de ce volume.
Une question s’élève naturellement, celle de savoir comment s’est établi un état de désorganisation politique tel que celui que je viens de décrire.
Nous devons croire que l'Afrique n’a pas échappé à ces convulsions politiques dont les grandes guerres et les migrations de peuples sont la suite naturelle, et que les mêmes lois qui gouvernent notre race ont aussi régné dans ces contrées. La migration aurait eu lieu de l’est à l’ouest.
Je n’ai rien pu apprendre des nègres eux-mêmes sur ce sujet. Le passé est pour eux enveloppé de ténèbres profondes qu'ils ne se soucient guère de pénétrer. Quelques-unes de leurs légendes semblent impliquer que de grandes guerres auraient eu lieu autrefois parmi eux. Les vieillards, chez les Commis, se souviennent même que leurs clans étaient continuellement à guerroyer les uns contre les autres.
Les migrations des tribus africaines semblent, comme je l’ai déjà remarqué, avoir suivi la même loi que celles de l’Europe. Je n'ai pas rencontré une seule tribu ni un seul clan qui ait prétendu tirer son origine de l’ouest. Au contraire, c'était toujours l’est qu'ils montraient, pour indiquer le point d’où ils étaient venus.
Les Fans dont j'ai parlé dans l'Afrique Équatoriale ont tout à coup fait irruption à l’ouest, et je ne crois pas qu'il y ait jamais eu une invasion d'Africains occidentaux qui se soit si vite répandue sur le bord de la mer. Il y a quinze ou vingt ans, les tribus de la côte n'avaient entendu parler des Fans que comme d’une tribu à peine connue, ayant quelques hameaux perdus dans les montagnes, près de la source du Gabon. Aujourd’hui, les Fans, descendus de leurs hauteurs, se sont établis partout sur les rives de ce fleuve; leurs nombreux villages, échelonnés entre la Moonda et le Gabon, ne sont qu'à quelques milles de la mer, et l’on voit souvent des Fans se mêler aux marchands dans les factoreries.
Ce peuple belliqueux à tout balayé devant lui. Les Bakalais et les
Shekianis n'étaient pas malheureusement de force à soutenir leur assaut. Maintenant les villages des Bakalais, des Shekianis et des Fans sont entremêlés et se combattent fréquemment; car ces trois tribus sont les plus batailleuses de cette partie de l'Afrique. Mais les Bakalais et les Shekianis décroissent rapidement, et dans la suite des temps les Fans prendront leur place, comme aussi celle des Mpongwés.
Quelle est la cause de la migration si soudaine de ces cannibales, c'est ce que je n'ai pas encore pu découvrir.
Le mouvement des Fans vers la côte occidentale ne fait que rappeler les anciennes migrations de ces tribus, dont nous voyons les restes sur les bords de la mer, ou près de là.
Du Gabon au cap Sainte-Catherine, des tribus qui portent des noms différents, et des tribus riveraines de lOgobai jusqu’à la hauteur de l’Okanda, parlent la même langue, sauf les Aviias, qui, dit-on, parlent celle des Loangos voisins de la côte. Les Mpongwés, les Oroungous et les Commis étaient autrefois des tribus de l’intérieur.
Quenguéza me montra l'emplacement où les gens de Goumbi avaient établi leur village et où lui-même il avait démeuré étant jeune homme. C'était à quarante milles plus haut sur le fleuve. Le clan Abogo des Commis du Fernand-Vaz fournit un chef héréditaire à la tribu de la côte, en se fondant sur ce qu'il occupait la place avant elle.
Les Bakalais eux-mêmes étaient autrefois des étrangers sur les bords de l’Ovenga, et ce n’est que depuis peu de temps (vingt ans tout au plus) qu'ils se sont établis là, avec l’autorisation du prédécesseur de Quenguéza. Les Bakalais ont émigré du nord vers l’Ashankolo, et, de là, sur les rives de l'Ovenga. Ils se sont aussi répandus sur les bords de la Ngouvyai, et se sont disséminés plus loin à l’est, au delà de lOvigui.
Le vieux Remandji, roi des Apingis, à qui j'ai rendu visite dans mon premier voyage, se souvenait de s'être rendu autrefois, avec les Apingis, chez la tribu des Anengas. Depuis cette époque, la route est interceptée par les établissements des Bakalais qui sont venus s asseoir entre les deux pays.