EXCURSIONS A LA RECHERCHE DU GORILLE ET DE L’IPI
Visite au roi Olenga-Yombi. — Tempête sur le Fernand-Vaz. — Voyage par terre à Aniambié. — Premières traces de gorilles, — Forme des empreintes.— Orgies et ivrognerie du roi. — Ile magique de Nengué-Ncoma. — Village de Nkongon Mboumba. — Recherche de l’ipi, ou grand pangolin. — Mœurs de cet animal. — Village de Mbhuru-Shara. — Nkengo-Nschiego, variété du chimpanzé. — Abris du chimpanzé. — Groupes de gorilles dans une plantation de bananiers. — Leurs allures. — Terrible genre de monomanie. — Akondogo rapporte un gorille vivant. — Retour au Fernand-Vaz. — Trois autres gorilles vivants. — Récit de leur capture. — Modification de mes idées au sujet du gorille.
Pendant mon séjour sur les bords du Fernand-Vaz, avant mon départ pour l’intérieur, je fis plusieurs excursions d’un assez grand intérêt. Les plus importantes de toutes furent ma visite au roi Olenga- Yombi, près du cap Sainte-Catherine, sur le rivage sud du Fernand- Vaz, et la pointe que je hasardai au sud-est, dans la partie boisée du pays. Cette région, j'ai maintenant des raisons pour l’affirmer, est le quartier général du gorille ; c’est le refuge où ces animaux se réunissent en plus grand nombre, où ils sont le plus sauvages, où leur approche est le plus difficile. Je passai là plusieurs semaines, presque toujours occupé à leur donner la chasse, et l’occasion ne m'a pas manqué de surprendre ce formidable singe dans ses solitudes natales. Il est donc à propos de dire quelques mots de ces excursions.
Je me rendis deux fois à Aniambié, résidence d'Olenga-Yombi. d'abord au mois de février, puis au mois de juin 4864. Pendant ma première visite, j’employai le temps que me laissait la chasse du gorille, à la recherche d’une grande espèce de pangolin où mangeur de fourmis écaillé, appelé Ipi. Je n'avais pas réussi à le rencontrer lors de mes premiers voyages dans ce pays.
C'était le 135 février que nous avions quitté mon village, auquel j'avais donné le nom de Plateau. Nous montions deux canots, l’un manœuvré par onze hommes, c'est dans celui-là que je m'étais embarqué, et l’autre par six hommes seulement.
Comme mes lecteurs peuvent le voir sur la carte, le Fernand- Vaz, dans la partie inférieure de son cours, pendant quarante milles environ, coule parallèlement à la mer, ou à peu près. L'espace intermédiaire entre le fleuve et la côte est une bande de terre plate et sablonneuse, couverte d'herbe et de bouquets d'arbres isolés, qui n'a nulle part plus de quelques milles de largeur. Le chemin le plus court pour se rendre à Aniambié, ville du littoral et capitale d'Olenga-Yombi, est donc de remonter le fleuve, jusqu’au point qui fait face à cette ville, et de traverser la bande de terre. Un peu au delà de ce point, et dans la direction de l'intérieur, la plaine cesse ; le terrain commence à s'élever et à se couvrir d’une végétation iouflue. C'est là que sont les plantations du roi.
Lorsque nous nous embarquâmes pour notre premier voyage, Malonga, le vieux nègre que je laissais à Plateau pour prendre soin de ma maison et de mes magasins', me déclara qu'il avait composé un fétiche afin de nous assurer un beau temps, et que par conséquent nous n'avions pas de pluie à craindre. Car au rebours des autres villages , il y a là des docteurs, non pour procurer la pluie, mais pour en préserver. Ses prédictions furent cruellement démenties. La soirée à la vérité fut très-belle; la lune brillait dans un ciel serein; mais à peine était-elle descendue sous l'horizon, vers dix heures, qu'un gros nuage noir s’éleva au nord-est, et avant que nous eussions le temps de remiser nos canots dans quelque anse abritée, un terrible tornado éclata sur nos têtes. Le ciel était enflammé d'éclairs; le tonnerre grondait incessamment ; nos canots furent jetés sur le rivage; heureusement, c'était une terre couverte de petits arbrisseaux et de buissons qui amortirent le choc. La pluie tombait par torrents. Nous ne pümes trouver d’abri que dans un petit village
1. Rampano avait confié à cet homme la garde de mon établissement pendant mon absence; et, dès lors, le gardien ayant été nommé par un chef, celui-ci et tout
son peuple devenaient responsables de mes propriétés.