‹ L'Afrique sauvageChapitre 2 sur 196 · ARRIVÉE EN VUE DES CÔTES · texte numérisé non relu

ARRIVÉE EN VUE DES CÔTES

…… À la fin, nous vimes une barque se détacher du rivage.

Quant à leur coutume de se battre la poitrine lorsqu'ils sont furieux. et à la nature intraitable et sauvage des jeunes gorilles, comparés aux jeunes chimpanzés, mes nouvelles observations n’ont fait que confirmer les premières. J’avais réussi à embarquer un gorille vivant pour Londres ; malheureusement il à péri dans la traversée.

Le principal but de mon nouveau voyage était d'étudier avec plus de détails que la première fois la physionomie générale du pays ; ce qui est, suivant moi, le premier devoir du voyageur qui visite des contrées inconnues. Afin d'être en état de remplir cette tâche, j'ai fait une étude suivie du maniement des instruments scientifiques. Je pouvais dès lors déterminer telle ou telle position par des observations astronomiques, et prendre les altitudes des différentes localités. Jappris aussi à contrôler mes observations et à vérifier moi-même l'exactitude de mes calculs. C’est à d’autres qu'il appartient d’apprécier le résultat de mes efforts ; je puis affirmer seulement que je n’ai reculé devant aucun labeur pour accomplir ma tâche, et quoique je me sois vu forcé, à mon grand regret, de renoncer à la photographie et aux observations météorologiques, par suite de la perte de mes instruments et de mes appareils, j'ai cependant été assez heureux pour pouvoir continuer mes observations astronomiques presque jusqu'à la fin de mon voyage.

La nuit, au campement, quand j'avais fini de travailler à l’aide du sextant, je passais des heures entières à noter mes observations. J'en faisais trois copies, autant de cahiers séparés, que je confiais à des nègres différents pour ne pas risquer de perdre tout à la fois. Lors de notre désastreuse retraite de lAshango, une seule de ces copies ne fut pas jetée dans les broussailles. C'était celle du journal où j'enregistrais tous les faits quotidiens ; mais ce journal n'était pas complet; il en manquait un volume sur cinq, qui fut perdu avec le reste de mes bagages. À mon retour en Angleterre, l'ensemble de mes observations fut soumis par le conseil de la Société royale géographique à M. Edwin Dunkin, surintendant de l'Observatoire de

Greenwich, qui, après les avoir contrôlées, dressa lui-même le ta-

bleau de leurs résultats. Ce tableau, imprimé à la fin du volume, a servi à établir la carte que je donne au public. J'ai jugé convenable d'imprimer en même temps, telles quelles et sans corrections, mes observations originales sur les latitudes, les longitudes et les altitudes, dans lordre où elles se présentaient sur mon journal, v compris même quelques erreurs. Par ce moyen les cartographes pourront juger du concours d'observations qu'il est nécessaire de réunir pour établir la latitude ou la longitude d’un pays donné et du degré de confiance qu’on doit accorder à chacune. I serait bon, je crois, que tous les voyageurs des contrées nouvelles publiassent de même, à la fin de leurs récits, leurs observations détaillées, au lieu de n'indiquer que les résultats, comme on le fait ordinairement. Les indications définitivement adoptées ne sont d'ordinaire que la moyenne d'un certain nombre d'observations diverses ; et si les données originales ne sont pas publiées, il est difficile aux géographes et aux futurs voyageurs de se rendre compte du degré de divergence de ces observations, et de la confiance qu'il est juste d’accorder au jugement de tel ou tel observateur.

En donnant au public une carte fort améliorée du champ de mes explorations au sud de l’Équateur, je me félicite d’être à même de rectifier quelques erreurs de la première. La plupart des positions importantes étaient reportées un peu trop à l’est et au nord, et celles mêmes que le docteur Petermann a rétablies dans sa seconde carte dont j'ai parlé sont indiquées à quelques milles trop loin dans la même direction. M. Dunkin a déclaré, dans une réunion de la Société royale géographique, qu'il regarde la position de Mayolo comme parfaitement déterminée par mes observations. C’est donc un point bien établi pour les cartographes qui ont revu mon travail géographique. Je dois cependant faire remarquer que deux localités à l'ouest de Mayolo, savoir : Niembai et Obindiji, n’ont été indiquées sur ma carte que d’après le calcul de la distance parcourue; car je n'ai pu prendre qu'une seule observation dans chacune de ces deux

places. La position de Mayolo et celle des chutes d’eau de Samba-

Nagoshi, que j'ai visitées à mon dernier voyage, m'ont fourni le moyen de rectifier le parcours de la grande rivière Ngouvai, tel que je l’avais indiqué dans ma première carte et tel que l'avait adopté le docteur Petermann. Malheureusement, d’après les longitudes prises, ma carte concorderait difficilement avec celle que le lieutenant Serval a donnée de l'Ogobai, entre le lac Anengué et le confluent de l'Okenda. Il semble que M. Serval a prolongé le cours de lOgobai beaucoup trop loin à l’est. La seconde expédition française, commandée par MM. Labigot et Touchard, et qui a poussé l’exploration de l’Ogobai jusqu’à la jonction de la Ngouvyai et de l’Okenda, a sans doute recueilll des observations qui nous permettraient d'éclaircir la partie douteuse de la géographie de cette contrée; mais j'ai su par mon ami M. Maltebrun, que les résultats de cette expédition n'étaient pas encore publiés.

Après la géographie, ce qui m'occupa le plus dans ma dernière campagne, ce fut l'étude des mœurs des naturels. Ma longue résidence chez les tribus du Fernand-Vaz, et la connaissance que j'avais acquise de la langue des Commis et des Ashiras, me donnaient de grandes facilités pour déterminer la situation politique des tribus, leurs coutumes, le sens de leurs fables et légendes, enfin toute la manière d’être de cette société sauvage. Il n'y à pas une seule partie de l'Afrique, jusqu'ici visitée par les voyageurs, où le nègre existe aussi réellement à l’état primitif que dans les pays que je viens d'explorer. Dans les contrées du Niger et du Nil, il a subi plus ou moins l'influence du mahométisme, à l'intérieur du sud, par les incursions des Boërs, à l’est, par le contact des marchands arabes. Les tableaux que j'ai montrés dans ce volume doivent donc offrir quelque intérêt, en ce qu'ils représentent le nègre tel qu'il est, libre des préoccupations que lui donnent ailleurs les pratiques de la traite, le prosélytisme ou les spéculations commerciales des autres races.

La perte irréparable de ma collection de photographies, survenue dans la première partie de mon nouveau voyage, m'a réduit à

recourir à quelques grossiers dessins à la plume, qui ont servi de \

modèles aux gravures du présent volume, exécutées d’ailleurs sous ma direction.

Je n'ai plus maintenant qu'à m'acquitter d’un devoir bien agréable : celui de remercier publiquement les hommes honorables qui m'ont encouragé de leurs sympathies et de leur assistance pendant mes explorations en Afrique, où qui m'ont aidé à préparer la publication de ce livre. Mes premiers remerciments sont dus au conseil de la Société royale géographique, qui à pris parti pour moi contre mes critiques, et qui s’est plu à me témoigner sa satisfaction, à l'occasion de mes travaux géographiques, dans la séance annuelle de la Société. Je dois, en particulier, rendre grâces au généreux président de la Société, sir Roderick Murchison, qui m'a soutenu dans ma mission par de nombreux témoignages de confiance, et qui m'a bien souvent écrit, pendant que j'étais en Afrique, pour ranimer mon courage abattu par des circonstances douloureuses. Je suis aussi fort redevable à mon honorable ami, le professeur Owen, pour le ferme appui qu'il m'a prêté et pour son étude si remarquable sur la collection de cränes que j'ai envoyée d’Afrique, étude dont j'ai enrichi ce volume. J'ai signalé, dans le cours de ma narration, les autres amis qui me sont venus en aide, entre autres le commandant George, qui m'a appris à manier les instruments astronomiques éprouvés d'avance par lui, et M. Claudet, mon habile maître de photographie. Je dois encore témoigner ma gratitude à M. Dunkin pour le soin qu'il a pris de contrôler mes observations, ainsi qu'à M. J.-B. Hind, cet astronome si distingué, pour ses marques d’obligeance, et à M. Glaisher pour le service que son expérience m'a rendu en essayant mes anéroïdes. Ce fut un grand bonheur pour moi, quand je me préparais à ma dernière expédition, de rencontrer tant de bienveillance chez des personnes dont j'étais à peine connu. J’ai cité, dans le cours de mon ouvrage, les noms de quelques-uns de ces amis ; n'oublions pas d’ajouter à cette liste MM. Howard et C*°, qui, en me donnant une forte provision de quinine, m'ont rendu le plus important des services. |

PRÉFACE. a

Enfin je dois reconnaitre les grandes obligations que j'ai à mon ami M. H.-W. Bates, l’auteur bien connu du AMaturaliste sur la rivière des Amazones, qui m'a conseillé et aidé dans la mise en ordre de mes notes de voyage, aussi bien qu'à un autre digne ami, M. George Bishop, sous le toit de qui, à Twickenham, j'ai préparé

la publication de la plus grande partie de ce volume.

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