EXCURSION A GOUMBI SUR LE BATEAU À VAPEUR
UNE EXCURSION A GOUMBI. 63
détourne vers l’ouest, les rives sont des talus boisés. Là, le steamer arrivait droit sur les villages sans avoir été vu d'avance. et les populations, que sa fumée venait surprendre sur leurs hauteurs, s’enfuyaient saisies d’épouvante.
Le roi Quenguéza se montra fier de cette visite que lui faisaient des hommes blancs à bord de leur bateau de feu. Il tournait vers sa suite de Bakalais et d’Ashiras des regards empreints d’un suprême dédain.
Nous passämes à Goumbi toute la journée du 14, et le lendemain 15, nous recommencämes à remonter le fleuve, pendant l'espace de trois ou quatre milles, jusqu’au delà du point où le Niembai vient se perdre dans ses eaux. Le vieux chef africain, tout glorieux, nous accompagna à l'improviste dans cette excursion, qui parut lui causer un très-vif plaisir. Je vins à bout de lui faire endosser pour la circonstance un habit européen, et de le coiffer d’un chapeau; mais rien au monde ne put le déterminer à mettre une chemise. I y avait une chaise exprès pour lui sur le pont. Il resta assis là pendant toui le temps du voyage, en grimaçant une espèce de sourire aimable qu'on ne pouvait regarder sans rire. Il avait bien soin de se faire voir des habitants des villages devant lesquels nous passions, autant par politique que par orgueil, sachant que son influence sur les riverains ne pourrait que gagner à cet important événement. Bientôt notre navigation fut arrêtée par la grande quantité d'arbres tombés qui obstruaient le passage, et le 46, nous retournâmes à Plateau.
Peu de jours après cette excursion en compagnie du lieutenant Labigot et du docteur Touchard, j'eus l'honneur de recevoir une lettre du commodore anglais A. P. Eardley Wilmot, qui commandait la division de l'Afrique occidentale. Il faisait route le long de la côte, sur son vaisseau pavillon, à la hauteur de l'embouchure du fleuve. Ayant appris du patron d’un vaisseau marchand mouillé là, que la barre était dangereuse pour les embarcations de son navire, il m'exprimait ses regrets de ne pouvoir entrer dans le fleuve pour me rendre visite, et s’informait en même temps de mon projet d’expédition dans l'intérieur. Je fus très-contrarié d’avoir manqué cette entrevue; le commodore Wilmot prenait un grand intérêt à toutes les entreprises scientifiques dont l'Afrique occidentale était le théâtre, et
je suis sûr qu'il m'aurait aidé de tout son pouvoir dans la campagne que je préparais.
Le 18 août, J'expédiai en Angleterre, par le capitaine Berridge, toutes les collections d'objets d'histoire naturelle que je m'étais procurées jusqu'alors. Elles comprenaient cinquante-quatre crânes, provenant de diverses tribus de nègres ; envoi destiné à jeter du jour sur l'anthropologie de cette partie de lAfrique; six peaux et sept squelettes de gorilles, une peau et deux squelettes de chimpanzés, deux peaux avec lès squelettes du grand mangeur de fourmis écaillé (l'ipi). trois squelettes de lamentins, un squelette de la genetta fieldiana, bien d’autres mammifères, et enfin quatre mille cinq cents insectes, échantillons de lentomologie de la région du Fernand-Vaz. Je suis heureux de dire que cette dernière collection est arrivée heureusement à Londres, et qu'elle figure en grande partie au Muséum britannique. J'ai aussi envoyé un individu vivant de la singulière race des cochons sauvages de ce pays (potamochærus albifrons), et deux aigles pêcheurs vivants. Le cochon a été donné à la Société zoologique de Londres, et je crois qu'on peut le voir encore dans ses, jardins, à Regent's Park.
Quant à la collection de mammifères, y compris les peaux et les squelettes de gorilles, je l'ai adressée tout entière au Muséum britannique, avec prière à mon honorable ami, le professeur Owen, surintendant du département zoologique, de choisir les sujets qui conviendraient au Muséum et de les offrir en mon nom à cet établissement national. J'appris plus tard avec grande joie que plusieurs de ces spécimens avaient été agréés. Je suis heureux d’avoir pu m'acquitter ainsi, quoique faiblement, de ma dette de reconnaissance envers cette noble nation anglaise, qui m'a si généreusement accueilli, lorsque je revenais, pauvre voyageur inconnu, de ma pre mière et périlleuse expédition.
Un des gorilles mâles était encore plus grand et plus beau que celui que j'avais envoyé précédemment, et que beaucoup de personnes ont pu voir au bout de la galerie zoologique du Muséum. Aussi Pat-on monté et mis à la place du premier, et je le recommande à tous ceux qui veulent se faire une idée vraie de ce formidable animal.
Le grand nombre de crânes que j'ai pu recueillir en si peu de temps