MES GARDES DU CORPS COMMIS
du corps tirés de la tribu des Commis. J'avais recruté pour cette garde dix fidèles nègres, parmi ceux qui m'avaient accompagné dans mon précédent voyage. C'était de ces hommes que dépendait mon salut, au milieu des tribus sauvages et ennemies que je m'attendais à rencontrer dans les parties reculées de l’intérieur de l'Afrique. Je savais que je pouvais compter entièrement sur eux, et que, quoi qu'il arrivât, ils ne toucheraient pas à un cheveu de ma tête. J'aurais bien voulu, pour le succès de mes projets, emmener vingt-cinq de ces Commis; malheureusement ce ne fut pas possible. Les hommes ne demandaient pas mieux ; mais leurs familles s’y opposèrent.
Les meilleurs de tous ces braves gens étaient Macondai, devenu un robuste jeune homme, d’un dévouement à toute épreuve, et mon chasseur Igala, un bon et loyal ami. Macondai sera reconnu par les lecteurs de mon premier ouvrage pour le compagnon fidèle de presque toutes mes aventures. Je lui avais apporté, comme cadeau, un fusil à deux coups de fabrique anglaise, et en peu de temps il était devenu un excellent tireur. Il m'était attaché plus encore que tous les autres; je pouvais d'autant mieux me fier à lui qu'exempt de toutes les superstitions et de toutes les sottes frayeurs de ses compatriotes, il ne faisait aucun cas des fétiches. Aussi honnête que brave, il me fut d'un grand secours pour protéger ma pacotille pendant nos longues excursions dans l’intérieur. Igala était mon bras droit. C'était un nègre de grande taille, de noble maintien, froid et lucide dans les circonstances difficiles, brave comme un lion, mais avec moi toujours docile et soumis. C'était lui qui, dans nos marches fatigantes, me servait d'avant-garde, tandis que je me tenais à l’arrière, veillant à ce que les porteurs ne prissent pas la fuite avec leurs fardeaux. Escorté de vingt hommes comme lui, je n'aurais pas craint de traverser toute l'Afrique. Je l’employais aussi comme mon aide préparateur; car je lui avais appris à dépouiller les animaux et à les conserver. Il avait, chez les Commis, la réputation d’un habile chasseur. Grand commerçant aussi dans son genre, il vendait des fétiches à ces populations crédules qui se promettaient bien d’avoir un jour son crâne, précieuse relique qui devait leur porter bonheur. Igala cependant avait sa faiblesse : il était trop souvent amoureux, et ses intrigues avec les femmes des chefs m'attiraient des difficultés
continuelles. Un autre brave homme, c'était Rebouka, un beau gaillard bien découplé, dont les deux grands défauts étaient la forfanterie et la gourmandise. Ensuite venaient Igalo, le plus jeune de la troupe après Makondai, nègre sanguin, à la fois sensible et irritable, Monitchi, Retonda, Rogueri, Igala le jeune, Rapelina et Ngoma, tous six esclaves, à moi donnés par les différents chefs dont j'avais gagné l'amitié sur les bords du Fernand-Vaz.
Je distribuai à chacun de mes gens un vêtement uniforme : un pantalon de grosse toile, des chemises de laine bleue et un bonnet de laine anglaise. Comme la chemise était l’article le. plus important du costume, ils en avaient chacun trois ; le pantalon était absolument nécessaire aux nègres, pendant la marche, pour protéger leurs jambes contre les piqûres des insectes, les épines et mille autres inconvénients auxquels leur nudité les expose. Chaque homme avait, en outre, une couverture pour la nuit. Les six esclaves m'’avaient accompagné volontairement sans que je fusse obligé d’invoquer lautorité d’un maitre. Sans doute il eût mieux valu que toute mon escorte fût composée d'hommes libres, car quelques-uns des esclaves me mirent plus tard dans lembarras par leur mauvaise conduite , faute de ce respect pour soi-même et de ce grave sentiment de responsabilité dont les hommes libres seuls sont pénétrés. La plupart d’entre eux maniaient des armes à feu pour la première fois; et la possession d'un fusil était, pour des gens tenus toute leur vie dans l’abaissement, une des séductions qui les avaient déterminés à me suivre.
Presque tous les habitants des alentours vinrent assister à notre départ. C'était un spectacle touchant que les adieux de mes nègres à leur famille et à leurs amis. Au dernier moment, la jeune fille d’'Igala se jeta dans les bras de son père et le supplia. en versant un torrent de larmes, de ne pas se risquer avec l’homme blanc sur la longue route (okili npolo). Igala essayait de la consoler en disant : « Ne crie pas, mon enfant, je reviendrai; nous allons dans le pays des blancs, et nous vous rapporterons beaucoup de perles. » Car c'était une croyance généralement admise par les Commis, que nous allions nous rendre par terre en Angleterre; j'étais mème obligé de les entretenir dans cette idée, seul moven d’expliquer mon voyage à ces pauvres intelligences. Mon vieil ami, le