SÉCHERESSE EXCESSIVE
écoutèrent leurs raisons, et quand les deux rivales eurent cessé de parler, ils s’écrièrent : « En vérité, en vérité, nous ne pouvons dire laquelle de vous est l’aînée; il faut que vous soyiez toutes deux du même àge. »
La saison sèche était exceptionnelle cette année, à cause du long temps écoulé depuis qu'il n'avait plu et des basses eaux qui en étaient la conséquence. Les nègres ont un nom particulier pour désigner une saison de ce genre; ils lappellent Æ£nomo unquero. Elle dure cinq mois, et l’on m'a assuré qu'elle revient périodiquement après une série de saisons sèches d’une durée ordinaire. Nous eùmes bien quelques ondées, mais elles ne produisirent aucun effet.
L'influence de la marée se fait sentir jusqu'au confluent du Niembai, du moins à cette époque de l’année. Passé ce point, le courant de l'Ovenga est trop fort pour laisser le flux s'étendre plus haut.
Je ne pris, à ce campement, qu'une altitude approximative, et je déterminai la latitude d’après les calculs de mon estime de route.
Le lendemain, nous remoniâmes le courant. L’Ovenga avait ses eaux très-basses, vingt pieds de moins que dans la saison pluvieuse. Son courant, qui était, en général, de trois milles à l'heure, et même, par endroits, de quatre milles, était encombré d'arbres tombés. Notre voyage ne se poursuivait qu'avec lenteur et difficulté.
Un peu avant d'atteindre le village d'Obindyji, nous rencontràämes un obstacle qui nous. barrait le chemin. Les Bakalais avaient construit une estacade dans la rivière, laissant à peine un étroit passage près de da rive pour la navigation des petits canots. C'avait été le sujet de quelques démêlés commerciaux entre cette tribu et ses voisins. Rien de plus offensant pour l’orgueil de Quenguéza que ce barrage établi là sans qu'on l’eût consulté, lui, le roi du Rembo, voyageant avec son Mtangani ! C'était en quelque sorte la négation de son autorité. Aussi, dès qu'il aperçut cet obstacle, sa figure s’altéra, et, tombant dans un violent accès de colère, il en appela aux haches et aux coutelas. L'estacade fut démolie en quelques secondes, sous les yeux mêmes d'un grand nombre de Bakalais, rassemblés sur la rive avec des fusils et des javelots.
Du 30 octobre au 5 novembre, nous fûmes retenus à Obindji, dans
l'attente des porteurs qui devaient venir du pays des Ashiras pour transporter mes bagages par terre. Nous dressämes notre camp dans un bois qui faisait face au village, au-dessous du point où l'Ofoubou se réunit à l'Ovenga.
C'est par erreur que la ville d’Obindji, dans les cartes publiées après ma première exploration de ce pays, est placée sur la rive orientale de lOfoubou; elle est située, en réalité, sur la rive occidentale, au pied d'une jolie colline boisée. Tout le pays environnant est couvert d’une végétation puissante. Du nord de lOvenga, où notre camp était assis, s'étend une longue bande de beau sable blanc qui, dans la saison sèche, va rejoindre la berge de la rive. C’est un vrai plaisir que de se promener sur cette plage, surtout le matin, quand les indigènes vont déterrer les œufs qu'une espèce de tortue d’eau douce y a déposés pendant la nuit. Cette espèce est celle que j'ai découverte dans mon premier voyage : aspidonectes aspilus.
Je fus heureux de retrouver mon ancienne connaissance Obindii", l'un des chefs des Bakalais de l'Ovenga, alors aussi bien portant que jamais. C'était un fidèle allié et un ami de Quenguéza, qui le tenait sous sa domination, en ce sens que celui-ci était le roi du fleuve, ayant droit de circulation et de commerce sur tout le parcours, en haut comme en bas. Cette fraction de la grande famille bakalaise en est venue à abandonner, sous l'influence civilisatrice du commerce, les mœurs vagabondes et belliqueuses de ses frères. La situation qu'elle occupe sur un des points les plus riches du fleuve, où les forêts regorgeaient d’ébène, a fait de ces gens-là des commercants. Is récoltent en effet d'énormes quantités de ce bois précieux, qui commence pourtant à devenir rare. Fidèles observateurs des anciens traités conclus avec Quenguéza, ils jouissent du droit de commercer sur le fleuve, à condition de s'abstenir de toute guerre. Leurs femmes, d’ailleurs, ont souvent contracté mariage avec des Commis. Un des priviléges de Quenguéza, lequel se rattache à sa souveraineté, c’est,
4. On verra souvent, dans cet ouvrage, les chefs porter le nom de leurs villages. Sont-ce les chefs, sont-ce les villages qui prêtent ou empruntent le nom? C’est un point que l'auteur n'éclaircit pas. Nous croyons que la réciproque a souvent lieu. Ici, par exemple, on doit dire probablement : le village d’Obindji. Aülleurs on dira : le roi d'Olenda, (Note de l'éditeur.)