L'Afrique équatoriale, chap. xxvr
s4 L'AFRIQUE SAUVAGE.
primes notre direction vers le nord, jusqu’à la rencontre de la rivière Ovigui. Il fallut la traverser sur un pont formé d’un seul tronc d'arbre long de quinze pieds environ, jeté d'une rive à l’autre. Le passage ne se fit point sans difficulté ; je faillis même y perdre ma chambre obscure, grâce à l’hésitation d’un porteur qui se troubla quand il était à moitié chemin. Un sentier, partant de la rive orientale de FOvigui, conduit au pied d’une haute chaîne de montagnes qui borde de ce côté la plaine d'Ashira. À quatre heures de l'après-midi, nous dressämes notre camp au bord d’un petit cours d’eau, pour y passer la nuit. Le soir il survint un terrible orage, et nous nous couchâmes avec des vêtements tout trempés.
Le 2 décembre, nous reprimes notre marche à six heures du matin. Le sentier circulait au pied du revers occidental de la chaîne de montagnes, à travers des bois épais dont le feuillage étincelait d'humidité. Aucun son ne parvenait à notre oreille, pendant que nous nous traînions d’un pas lent, tous à la file comme des Indiens. À neuf heures, nous débouchâmes dans une magnifique prairie, qu'encadrait de tous côtés comme une immense muraille de verdure. De cette prairie, appelée Opangano. on apercevait distinctement les montagnes de Ndgewho. À dix heures, nous arrivions dans un village bakalaï. Comme beaucoup d'anciens villages de cette tribu belliqueuse, celui-ci était construit surtout dans une pensée de défense; il n’y avait qu'une seule rue, barrée à chaque bout par une grosse porte ; les maisons étaient murées du côté de l’intérieur du village ; excellente disposition pour se garantir d’une surprise nocturne et d’une attaque des autres Bakalais avec qui l’on était en guerre. Ce mode de construction avait aussi pour but de mettre les habitants à même de tuer et de dépouiller tout à leur aise les caravanes marchandes qu'ils auraient pu attirer chez eux, rien n'étant plus facile que de les empêcher de s'échapper, en fermant sur elles les deux portes de la rue. Les tribus voisines, et surtout les Ashiras, redoutent la puissance et la perfidie des Bakalais. Le chef de ce village était absent lors de notre arrivée. J'achetai de lun des habitants, au prix de quelques perles, un quarer de cochon sauvage fumé.
Je repartis à une heure de l’après-midi, et je continuai à me diriger vers l’est. Quand nous eûmes traversé plusieurs autres villages