GORILLES SURPRIS DANS LA FORÈT
bakalais, dont deux avaient été abandonnés par suite de la mort de quelques habitants, nous arrivämes à cinq heures du soir à la prairie de Lambengue. Il plut presque toute l'après-midi, et notre marche était devenue des plus pénibles au milieu des bourbiers ou sur les pierres glissantes des chemins à peine tracés dans la forêt. Nous élevämes des abris, et nous passâmes la nuit dans la prairie.
Le 3 décembre, à six heures du matin, on se remit en marche. Mes hommes se ressentaient des fatigues et des intempéries de la veille, et pour leur faire doubler le pas, je pris la tête de la colonne. Bientôt nous nous enfoncämes de nouveau dans les sombres épaisseurs de la forêt, lieu sauvage et désolé, où je cheminais, l'esprit assiégé d'idées noires, songeant à la rude tâche que je m'étais imposée en essayant de traverser l'Afrique. J’allais ainsi sans regarder devant moi etun peu en avant de ma troupe, quand je fus tiré de mes rêveries par un bruit de branches cassées et d'arbres secoués avec force. Je crus que c'était une troupe de monkeys qui croquaient des fruits sauvages, et Je levai négligemment la tête pour les regarder à travers le feuillage ; mais quel fut mon saisissement quand je reconnus, sur un grand arbre, toute une bande de gorilles! je n’avais à la main qu’une simple canne de voyage, et je fus si frappé de cette apparition imprévue que je restai cloué sur place. Cependant ces animaux m'avaient vu; ils se précipitèrent au plus vite en bas de l'arbre, en faisant plier les menues branches sous leur poids, et s’enfuirent à quatre pattes. Un vieux mâle, qui paraissait être le gardien du troupeau, fit seul bonne contenance, et s'arrêta à me regarder fixement à travers une éclaircie du feuillage. Je voyais distinetement sa hideuse face noire, ses veux farouches, ses sourcils froncés et saillants, et lui m’envisageait d’un air de défi menaçant. Désarmé comme je l’étais, je songeais à me replier vers ma troupe, quand celle-ci, qui se rapprochait à grand bruit, fit diversion au danger. Le monstre velu jeta un cri d'alarme, sauta à terre à travers un fouillis de lianes, et disparut dans la jungle après les autres fuyards.
Combien je regrettai d’avoir laissé à Olenda ma carabine à deux coups! je m'étais même démuni ce matin-là de mes revolvers, les ayant donnés à porter à Rebouka, pour être plus leste et plus dégagé dans ma marche. Les gorilles étaient au nombre de dix, de différents
àges et de diflérentes tailles, toutes femelles à ce qu'il nous parut, sous la conduite d’un seul mâle. Mes hommes armés de leurs fusils s’élancèrent à leur poursuite; mais cette chasse fut inutile. La forêt avait repris sa morne tranquilité, et nous nous remîmes en route, tout fatigués et mal à l'aise, après une nuit passée en plein air dans nos vêtements tout mouillés.
A midi, nous arrivämes sur les bords de la rivière Lovindji, cours d'eau assez pareil à l'Ovigui, et qui descend du sud vers Île grand fleuve Ngouvai, où sont les cataractes de Samba-Nagoshi. Nous déjeunämes sur le bord de cette jolie rivière qui coulait à travers les bois silencieux. Notre déjeuner se composait, comme à l’ordinaire, de bananes bouillies; triste chère pour des voyageurs harassés de fatigue et d’ennui. Le niveau de cette rivière s'élève, d'après mes thermomètres, à quatre cent quatre-vingt-dix pieds audessus de celui de la mer.
Notre voyage, que nous reprimes à une heure environ de l’aprèsmidi, nous amena bientôt sur un terrain marécageux. I fallait de temps en temps passer des gués où l’eau nous montait jusqu'à la ceinture; dans d’autres endroits où l’on n’en avait que jusqu’à la cheville, la boue exhalait une odeur infecte. Il me sembla bientôt que mes compagnons Ashiras me faisaient faire bien des détours inutiles, et que dans ce vovage, si long et si pénible, nous n’avions parcouru qu’une très-petite distance en ligne directe. [ls en convinrent, et me donnérent pour excuse qu'il fallait éviter certains villages bakalais avec lesquels on avait de vieilles contestations commerciales et des procès restés sans solution. À cinq heures et demie de l'après-midi, nous revinmes vers l'Ovigui, où nous avions résolu de passer la nuit. Comme nous sortions de la jungle, nous ne fùmes pas peu surpris de voir là un campement d'indigènes. Les Ashiras de mon escorte fraternisèrent bientôt avec ceux-ci; car c’étaient des Ashiras-Kambas qui élaient venus, avec leur chef Dihaou, passer quelques jours sur la rivière pour pêcher. Le chef me reçut avec de sauvages démonstrations de joie, et remercia Olenda de lui avoir amené l’homme blanc.
Le 4, j'avais passé une bien mauvaise nuit. Mon lit se composait lout simplement d'une rangée de morceaux de bois dont chacun avait
quatre pouces de diamètre, et qui ne servaient qu'à me garantir de
de
Le 112 AU MORE
AL
s D Vaii
DE BAKALAIS.