ARRIVÉE AU VILLAGE DE DIHAOU
la fange du sol. Un bataillon errant d'horribles fourmis bashikouais fondit sur nous pendant la nuit, et nous fûmes plus d’une heure en proie à leurs morsures.
Le matin, de bonne Feure, nous nous embarquâmes sur l'Ovigui, dans une longue pirogue tout étroite, toute frêle et qui faisait eau; pourtant, à en croire le chef qui nous l'avait procurée, elle était en état d'achever le voyage. L'Ovigui était, à cette époque de l’année, une rivière large et profonde, et d’un courant très-rapide. Plusieurs fois, pendant la première heure de notre trajet, nous fümes sur le point de chavirer. Enfin, nous arrivämes au confluent du Louvendji. Je m'étais imaginé, à mon premier voyage, que le Louvendji allait se jeter directement dans le Rembo; c’est une erreur, il se réunit à l’Ovigui avant de tomber dans le grand fleuve. Nous passämes devant plusieurs villages de Bakalais et de Kambas, bâtis à peu de distance de la rive. À quatre milles environ du confluent du Louvendiji, nous atteignimes le village de Dihaou, chef-lieu du pays des Ashiras-Kambas, et nous fûmes obligés de nous arrêter là, pour obtenir d'être accrédités près de la tribu Aviia. dans le territoire de laquelle sont situées les cataractes,.
Dihaou est un groupe de trois ou quatre petits villages, composés chacun d’une quinzaine de maisons. Dès mon arrivée, le chef m’envoya en présent douze poules, cinq régimes de bananes et une chèvre. Sa réception fut très-amicale, et je me vis à peu près sûr d'atteindre le but de mon voyage.
5 Décembre. — Nous étions heureux de nous reposer après les fatigues d’une longue marche. Tous nos hommes se plaignaient de leurs pieds malades. Dans la soirée, le chef, Dihaou-Okamba, me fit une visite officielle pour recevoir mes présents en retour des siens. Je lui donnai quelques petits articles ; mon cadeau, quoique répondant assez peu à ses libéralités, car je n'avais apporté aucune denrée de valeur, parut cependant lui faire grand plaisir. Je lui promis d’ailléurs un bel habit, un collier de grosses perles et un peu de sel aussitôt que je serais revenu à Olenda, mais à la condition qu'il me prêterait un de ses fils pour me conduire aux cataractes. Je l'avais prévenu d'avance que je n'avais rien de précieux à lui donner en échange de sa chèvre ; mais le vieux chef africain avait tout l'orgueil
et toute la générosité que ses pareils aiment à déployer dans leurs relations avec les hommes blancs, du moins tant que ces relations sont encore nouvelles. Voici ce qu'il me fit répondre : « Je ne veux pas qu'il soit dit que Chaillie, Fami d'Olenda, Chaillie, mon Ntangani (mon hôte blanc), est venu dans ma ville et que je n’ai pas eu une chèvre à lui donner. Non, jamais! »
Ces Ashiras-Kambas se regardent comme une peuplade tout à fait distincte des Ashiras de la prairie, sur qui règnent Olenda et plusieurs autres chefs, et qui s'appellent les Ashiras-Noozais. Je ne pouvais néanmoins découvrir entre les uns et les autres aucune différence notable, sous le rapport soit du physique, soit des coutumes. Les deux peuples parlent la même langue. D’après une loi du pays, qui remonte à un temps immémorial, les Ashiras-Ngozais ont le droit de commercer directement avec les Kambas, mais il ne leur est pas permis de pénétrer au delà du territoire de ces derniers pour faire du commerce à l’intérieur. Si un Ashira de la prairie veut se livrer à quelque opération de commerce avec une tribu au nord du pays de Kamba, il faut qu'il emploie des Kambas comme intermédiaires, et qu'il reste lui-même à Dihaou jusqu'à la conclusion de laffaire. Autrement on le force de laisser ses marchandises entre les mains d'un Kamba, et d'abandonner à celui-ci tout le soin da trafic et des comptes avec les autres tribus. Il n'y avait pas, je pense, un seul Ashira-Noozai qui eùt jamais vu les chutes d’eau de Samba-Nagoshi tant sont puissantes les barrières que la politique oppose à toute tentalive des indigènes pour sortir des limites de leurs propres tribus et de quelques villages adjacents.
Nous éprouvämes les difficultés ordinaires quand il fut question de quitter Dihaou. L’Africain n’est jamais pressé de se mettre en route. L'orgueil du chef est d’ailleurs flatté et son importance s’accroit aux yeux de ses voisins tant qu'il a chez lui un Ntangani. Arangui, neveu d'Olenda, et mon principal guide, m'obsédait de ses frayeurs. Il craignait que les gens du village ne voulussent l’ensorceler, par jalousie de lamitié que je lui portais. Je jugeai nécessaire, le G décembre, d'adresser une harangue au chef et à ses sujets pour leur déclarer que j'étais obligé de me remettre en chemin pour
QE
Samba-Nagoshi, que j'avais un pari à gagner (sherra mpaga), que