‹ L'Afrique sauvageChapitre 4 sur 196 · DÉPART D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DÉPART D'ANGLETERRE

Comment me rendre jusqu’à ce fleuve? Mon bagage était trop considérable pour que l’on pût songer à le transborder d’un port à un autre. Je dois ici rappeler à mes lecteurs que l'embouchure du Fernand- Vaz est située à cent dix milles environ au sud du Gabon, principal centre du commerce de l'Afrique équatoriale de l’ouest. Le peu de marchandises qui fait l’objet de ce commerce est transporté sur les bateaux du pays, entre le Gabon et les villages situés au bord du Fernand-Vaz, en passant par les étroits canaux du delta de l'Ogobai; ce qui évite un long circuit autour du cap Lopez. Les tribus nègres, riveraines du Fernand-Vaz, n'ont jamais eu beaucoup de commu nication avec les blancs. Il n’y a point là de comptoirs réguliers ; quelquefois seulement un capitaine de navire vient SV établir pour un temps fort court. Je dois ajouter que j'ai été le premier à remonter ce fleuve et à faire connaître sa situation géographique , les habitants de ses rives et les productions qu'elles recèlent. J'avais choisi le Fernand-Vaz pour point de débarquement. Déjà connu des indigènes par ma longue résidence au milieu d'eux, je les savais mes amis, ma vie était en sûreté entre leurs mains, et comme j'avais acquis sur eux quelque influence, je comptais à bon droit qu'ils me fourniraient une escorte pour pénétrer dans l’intérieur du pays. Or, je ne connais pas un autre point de la côte d'Afrique, pas un seul, depuis le Niger jusqu’au Congo, où il soit possible à un homme blanc de s’avancer au delà d’une certaine distance du littoral.

Après bien des recherches, convaincu que ce que j'avais de mieux à faire était de fréter un bâtiment tout exprès pour me rendre au Fernand-Vaz, je pris des arrangements avec les propriétaires du schooner le Mentor, capitaine Vardon, petit navire de moins de cent tonneaux ; et quand j'eus achevé mes préparatifs, je montai sur son bord, à Gravesend, le 6 août 1863.

Malgré l'attrait de ce nouveau voyage d'exploration, j'avais le cœur gros en quittant la vieille Angleterre. Ce pays où j'avais trouvé un accueil si affectueux, une hospitalité si cordiale, où je m'étais fait tant de vrais amis, était devenu pour moi une seconde patrie. Je ne pouvais me défendre d’un sentiment douloureux, dont l’amertume redoubla au moment du départ, à l’idée que peut-être je ne reviendrais jamais d’une entreprise entourée de tant de périls.

Nous fûmes retenus quelques jours en vue de Deal, avec plusieurs autres bâtiments, par un vent violent de sud-ouest. Ce qui me frappait, pendant cette longue attente, c'était le contraste du temps que nous avions sur mer et de celui qui régnait sur le rivage. Tandis que la tempête se déchaïnait sur l'Océan furieux, à terre un soleil splendide répandait ses rayons sur des champs de blés dorés, et les moissonneurs à l'ouvrage rassemblaient leurs épis en gerbes abondantes. Combien je souhaitais d’être encore avec eux et de jeter un dernier regard sur les heureuses campagnes de l'Angleterre ! Ce vœu fut exaucé pour toute une journée, par l’obligeance de M. Dombrain, missionnaire prêt à partir de Deal. Il nous prit avec lui, le capitaine et moi, pour faire une charmante promenade dans les chemins fleuris du pays. Je n'ai jamais mieux joui de la campagne. Chaque figure sur la route nous semblait si heureuse, la nature nous semblait si sereine et si calme! Jamais, je l’éprouvai, l'Angleterre ne m'avait été plus chère.

Je ne fatiguerai pas mes lecteurs par les détails de ma traversée jusqu'à la côte occidentale d'Afrique. Grâce à un bon vent, grâce surtout à l’aimable société du capitaine, elle fut des plus agréables. Nous arrivämes le 20 septembre à Acera, établissement anglais situé à Fest de la Sierra-Leone, dans le golfe de Guinée. D’après mes conventions avec les propriétaires du bâtiment, le Mentor aurait dù faire voile directement de ce point vers le Fernand-Vaz; mais je découvris alors qu'il avait ordre de toucher à Lagos, lieu malsain où je refusai d'aborder. Nous nous en éloignämes le 2 octobre, et après quelques jours d’une heureuse navigation, le 8 du même mois, nous nous trouvämes en vue de la côte de Commi.

La partie de la côte africaine qui avoisine l'embouchure du Fernand-Vaz présente, vue de la mer, un aspect des plus monotones. Une ligne de terre, à peine élevée de quelques pieds au-dessus des eaux, s'étend au loin vers le sud. Cette perspective plate n’est coupée.cà et là que par quelques bouquets d'arbres; elle n’est animée, à des intervalles de plusieurs milles, que par les huttes de bois de palmier des indigènes, parmi lesquelles domine toujours une grande maison construite dans chaque village pour être le siége d’une facto-

rerie, dont on attend sans cesse l'ouverture. Quant à l'entrée du

Page 1