‹ L'Afrique sauvageChapitre 41 sur 196 · NOUS SOUPONS D'UN SERPENT VENIMEUX · texte numérisé non relu

NOUS SOUPONS D'UN SERPENT VENIMEUX

occidentale, le clotho nasicornis. Sa couleur est à peine distincte de celle de la terre et des feuilles mortes sur lesquelles il rampe. Son corps pansu et arrondi s’eflile tout à coup vers la queue, et sa tête plate et hideuse, en forme de triangle, est surmontée d'une apophyse droite, ou corne, qui part de la naissance du museau. De là le nom qu'on lui a donné.

Un de nos Ashiras tua le reptile. Mes hommes étaient ravis de leur bonne fortune, car la bête, grosse et grasse, leur promettait un bon souper. On en fit rôtir une partie, une autre servit à faire du bouillon, et les restes furent soigneusement mis à part pour un autre repas. Quand nous fûmes arrivés à Olenda, je vis un Ashira occupé à faire rôtir, puis à dévorer la tête venimeuse de l'abominable animal. En examinant le squelette de ce reptile, je ne trouvai point les crochets qui distillent le venin. On les avait sans doute arrachés.

18 Décembre. — Après avoir voyagé toute la journée, nous arrivâmes à la prairie d'Opangano à cinq heures de l'après-midi.

Le 19, nous nous remimes en marche au point du jour, malgré un orage effrayant accompagné d'un torrent de pluie. Cette pluie tombait en nappes si serrées que nous pouvions à peine distinguer le chemin que nous suivions. Il en fut ainsi jusqu'à onze heures. Un ou deux déluges de ce genre surviennent d'ordinaire dans la saison humide. J'avais peur que mes chronomètres ne fussent gâtés, mais ma valise de cuir les avait suffisamment garantis. Cette valise m'avait été donnée par mon bon et honorable ami, sir George Back; elle était faite sur le modèle qui lui avait servi dans son célèbre voyage au pôle arctique. Les aimables lettres que je recus de lui au moment de mon départ pour l’intérieur étaient pleines de bons et précieux avis, dont je lui serai toujours reconnaissant.

Nous marchämes plusieurs heures, ayant de l’eau jusqu'à la cheville. Les ruisseaux que nous traversions étaient devenus trop profonds pour être passés à gué; et comme je ne pouvais pas nager. on abattait des arbres pour les jeter en travers et me servir de ponts. Je sentis qu'une seconde nuit passée en pleine forêt serait intolérable, outre les dangers de fièvre auquel nous serions exposés. Nous pous-

sâmes donc en avant avec toute la vitesse possible; nous traversâämes

l'Ovigui, et enfin nous parvinmes, à cinq heures et demie passées, à Olenda, épuisés et exténués.

Quenguéza vint au-devant de nous. À peine arrivé, Je me hâtai de prendre un bain chaud, d’avaler une tasse de thé avec une dose de quinine, puis de me coucher. Les marches forcées, les périls et les privations de ce pénible voyage n'alitèrent pour piusieurs Jours. Je souflrais beaucoup du côté gauche vers la région du cœur, et cette douleur, accompagnée de fièvre, ne laissait pas de m'inquiéter beaucoup. En même temps je me ressentais d'un rhumatisme dans l'épaule. Mon fidèle Makondai fut pris aussi d’un accès de fièvre qui céda bientôt à quelques doses de quinine.

Je fis vers cette époque une autre excursion chez Adingo, un chef, mon ami, dont le village est situé au pied de l’'Igoumbi-Andèle, montagne au sud d’Olenda. Comme j'ai donné une description de ces environs dans l'Afrique équatoriale, il n’est pas nécessaire de reproduire ici les détails de mon petit voyage. Je n’ai pas besoin d'ajouter que si j'ai donné le nom d’Owen aux belles cimes boisées de l’Igoumbi- Andèle, c’est en mémoire de mon respectable ami, le professeur si

célèbre.

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