APPARITION DE LA PETITE VÉROLE
Mpoto fut si effrayé des menaces de malédiction du vieux rot, qu'il se prosterna devant lui en lui baisant les pieds et en implorant son pardon. (
Quant à moi, J'avais beau menacer et punir mes hommes, tous mes efforts pour mettre fin au désordre restaient inutiles.
Je touchais à l'expiration du long délai nécessaire pour faire venir des porteurs d'Otando, et je commencai à craindre qu'il ne fût survenu quelque empêchement. Enfin une troupe d'hommes arriva, chargée par le chef d'Otando de m'inviter à venir chez lui et de me faire cadeau d’une chèvre. Mais pendant que nous nous occupions de réunir un certain nombre d’Ashiras pour aider à transporter mes bagages, il survint un nouveau et très-grave sujet d'inquiétude qui faillit arrêter là mon expédition aventureuse.
Elanga, un des neveux d'Olenda, se trouva atteint d’une maladie que les indigènes n'avaient jamais connue. On m'en décrivit les symptômes, et je reconnus la petite vérole. Le lendemain, on vint du village voisin nous apprendre qu'Elanga était mort. Ce ne fut que deuil et lamentations parmi le peuple. Tous les habitants d'Olenda, à l’excepüon du vieux roi, se réunirent pour manifester leur douleur. Or, Elanga était un des Ashiras qui étaient allés à Obindji pour chercher mes bagages; dès lors un soupcon de sorcellerie s’éleva comme de coutume dans l'esprit des Ashiras, et ceux-ci, joignant ce grief à leurs autres causes d’inimitié, menacèrent de s'opposer à mon voyage. Quelques jours plus tard, deux autres cas de maladie se déclarèrent également chez des individus que j'avais employés comme porteurs, en venant du pays des Bakalais. Je commençai à prendre l'alarme ; car je savais quels ravages le fléau ferait parmi ces populations s’il y prenait pied. Je n'avais pas peur pour moi-même, ayant été vacciné de nouveau à Londres la veille de mon départ; mais j'étais loin de m'attendre aux épreuves par lesquelles je devais passer.
. La première mesure que je pris, ce fut d'isoler mes Commis des lieux où la maladie s'était déclarée. Les habitants remarquèrent cette précaution, et leurs soupcons s’en accrurent. Ils se mirent à m'accuser hautement d’avoir introduit chez eux l’eviva (contagion), ou, comme ils l’appelaient aussi, l’opunga (mauvais vent). Ils déclaraient
que je leur apportais la mort au lieu du bonheur; que j'étais un méchant esprit, que j'avais tué Remindiji, roi des Apingis, et ainsi de suite. De là des querelles violentes. Quenguéza, qui n’était jamais modéré en rien, devint furieux. Il demandait si un roi comme lui, qui commandait le fleuve Rembo, était venu avec son homme blanc au fond des forêts, parmi ces pourceaux d'Ashiras, pour être insulté par eux. Le vieil Olenda professait un profond respect pour Quenguéza et se rangeait toujours de son côté dans tous ces conflits turbulents. Quelques jours se passèrent ainsi. Je fis tous mes efforts pour quitter ce pays avant que la contagion eût fait de nouveaux progrès. Olenda avait envoyé des ordres dans les villages environnants pour convoquer mes porteurs. Je repris donc l’espoir de me mettre en route sous peu de jours et de retrouver la santé et le contentement dans les contrées boisées et montagneuses qui séparent
l'Ashira de l'Otando.