‹ L'Afrique sauvageChapitre 44 sur 196 · MALADIE CONTAGIEUSE DANS LE PAYS D’ASHIRA · texte numérisé non relu

MALADIE CONTAGIEUSE DANS LE PAYS D’ASHIRA

La petite vérole se propage. — Noble conduite des hommes de Quenguéza. — Leur départ. — Mes porteurs tombent malades. — Mes Commis gardes du corps refusent de me quitter. — Envoi d’une partie de mes bagages à Otando. — Quenguéza retourne à Goumbi. — Lettres d'Europe. — Mort de Mpoto. — Mort du roi Olenda. — Ses funérailles. — Cimetière des chefs Ademba. — Chants funèbres. — Mort de Retonda. — Arrivée des messagers de Mayolo. — Défiance des indigènes, — Trahison d’Arangui. — Je suis volé par les Ashiras. — Décroissance de la contagion. — Message de Quenguéza au peuple d’Olenda.

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A la fin, la calamité que j'avais tant redoutée fondit sur nous. La contagion éclata avec une violence extrême dans le village d'Olenda, et mon expédition éprouva un retard qui faillit lui être fatal. La première victime fut la principale femme d'Olenda lui-même. Le terrible fléau se propageait avec une effrayante rapidité; plusieurs des noirs qui avaient suivi les funérailles d'Elanga avaient été frappés du même mal. À cela, rien d'étonnant, si l’on considère la manière dont se passent ces obsèques. Tous les parents, les amis et les voisins entourent le corps, viennent le toucher et même l’embrasser, en lui criant : « Parle-nous; ne nous quitte pas; oh! pourquoi es-tu mort? » En vain j'avais supplié Olenda de ne point permettre ces cérémonies; j'eus beau lui en expliquer les dangers, la coutume fut la plus forte. Les habitants des villages environnants ne voulaient plus avoir de rapport avec nous. En peu de jours, plus de la moitié de la population d’Olenda fut envahie par la contagion. J'étais fort inquiet pour le digne Quenguéza et pour les siens ; pressé de le voir hors de danger, je le conjurais de retourner dans son pays, mais il refusa de me quitter.

« Chaillie, dit-il, je ne puis reculer. J'ai traversé tout le pays

pour vous voir, el j'encourrais la honte si je vous abandonnais au milieu du péril. Que dirait le peuple Commi? Il se moquerait de moi; Quenguéza, s'écrierait-il, n’a pas le pouvoir de secourir Chaillie ! Non, je ne vous quitterai pas. »

Un petit esclave favori de Quenguéza, nommé Rigoli, fut atteint quelques jours après. Comme il se trouvait dans notre campement, et que mes hommes étaient exposés à gagner son mal, je voulus au moins restreindre le cercle de la contagion. À cet effet, je dus prendre les mesures les plus rigoureuses; je défendis à tout mon monde de communiquer avec les indigènes, de se servir de leurs ustensiles ou de fumer dans leurs pipes. Je fis en même temps des eflorts inutiles pour décider Quenguéza à renvoyer son petit esclave. Quand j'allai le trouver, je le vis avec effroi gardant ce garcon près de lui dans sa cabane, le faisant coucher sur une natte tout près de la sienne, et lui prodiguant les soins les plus tendres. Si ce noble vieillard eût luimême gagné la maladie, c'en eût été fait de mon entreprise. Ge n’est pas tout : les gens de sa nation allaient et venaient sans cesse dans la cabane et rompaient la quarantaine, de manière à déconcerter toutes mes précautions sanitaires. À toutes mes instances, Quenguéza ne faisait qu'une seule réponse : « Si je gagne la maladie, ce sera par la malédiction du mauvais esprit, mais c’est ici que je serai mieux à même de soigner Rigoli. » Malgré notre désaccord, cette scène eut pour effet de relever encore Quenguéza dans mon estime, et de me prouver que sous la peau noire du grossier sauvage battait un noble cœur d'homme, prêt à suivre les impulsions d’un instinct généreux.

Peu de jours après, Quenguéza, cédant enfin à mes pressantes sollicitations, renvoya chez eux les hommes de son pays. Il usa ensuite de son ascendant sur Olenda pour obtenir de lui le nombre de porteurs dont j'avais besoin. Le chef ashira tâchait de décider Quenguéza à me quitter en lui promettant d’avoir bien soin de moi. Mais le digne vieillard s’emporta contre lui, et lui reprocha vivement son peu d'empressement à.m'assurer les moyens de continuer ma route. 11 menaça d'aller dire bien haut à Goumbi qu'Olenda était un chef sans pouvoir, ou même de m'emmener chez les Bakalais qui se conduiraient sans doute beaucoup mieux que les Ashiras. Olenda resta abasourdi de ces réprimandes, et tout de suite il fit donner

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