CHAPITRE VIII
VOYAGE D'OLENDA A MAYOLO Es
Départ de la terre d’Ashira. — Passage de l'Ovigui. — Village esclave du roi Olenda. — Chef esclave. — Démélés avec mes porteurs. — Nouvelles friponneries. — Maladie de Macondai. — Je le laisse en arrière. — Chaîne de montagnes de l'Otendo. — Cascade d’un effet pittoresque. — Passage du Louvendji. — Nouveaux embarras suscités par les porteurs. — Famine dans la forêt. — Exprès envoyés à Mayolo. — Une nuit dans les boïs. — — Légende d’Atungulu Shimba. — La noix Koola. — On se met en quête de nourriture. — Rencontre d’un gorille. — Nuit d’affamés. — Acte de désintéressement des Ashiras. — Secours qui nous arrive de Mayolo. — Noix Mpegui. — Arrivée à la terre d'Otando.
16 Mars. — À la fin, après plusieurs mois d’une attente pénible, arriva le moment du départ. J'avais souffert dans ce malheureux pays d'Ashira plus de maux que je n’en saurais décrire. Que d’angoisses au spectacle des ravages de cette épidémie qui décimait mes plus fidèles serviteurs et que la erédulité des naturels m'accusait de leur avoir apportée ! quel désespoir devant la ruine probable de tous mes plans! quelle indignation à l'idée des vols et du pillage organisés autour de moi par les chefs et par leurs sujets! Ma troupe de dix hommes se trouvait réduite à sept. Retonda était mort; Igala (l'esclave de Quenguéza) n'avait pu me suivre, quoiqu'il fût en voie de guérison, et Rogueri, l’esclave que m'avait donné Makaga-Nchango. s'était enfui. Quant à celui-ci, c'était un fieffé voleur, et sa perte ne me € aua pas de regrets. Pourtant, malgré tant de sujets de peine, je me serais encore trouvé heureux si j'avais été sùr de laisser cette terrible contagion derrière nous, car j'étais enfin en route vers des pays qu'aucun Européen n'avait jamais visités, et je me sentais soutenu par l'espoir de nouvelles découvertes. Moi et mes hommes nous quittâmes Olenda à quatre heures de l’après-midi. Nos porteurs.
sous la conduite d'Ondonga, devaient partir le lendemain, au point du jour.
Comme mes lecteurs peuvent le voir en consultant la carte, ma route, au sortir d'Olenda, n'était plus la même qu'à mon précédent voyage. Je me dirigeais autrefois vers le pays des Apingis, au nordest d'Olenda, tandis que ma destination actuelle était l'Otando, à l'est-sud-est des villages Ashiras.
À un mille environ à l’est d’Olenda, commence la grande forêt qui borde la partie orientale de la prairie d’Ashira. C’est sur la lisière de ces bois que coule limpétueux Ovigui. Cette rivière, qui descend des pentes des montagnes d'Igoumbi-Andèle, au sud, baigne le pied occidental de la chaîne de monts qui sépare l’Ashira de l’Otando ; elle arrose, avec ses nombreux affluents, toutes les vallées encaissées entre les hauteurs boisées qui dominent, à l’est et à l’ouest, la prairie d'Ashira. Je la traversai dans un autre endroit que celui dont j'ai parlé dans mon premier voyage, mais sur un pont du même genre : un tronc d'arbre glissant jeté en travers du courant, avec une corde de liane étendue d’un arbre à l’autre, et à laquelle il fallait s’accrocher. Il élait tombé une grosse pluie la nuit précédente, et l'Ovigui avait débordé. Cette rivière était divisée, par des îlots, en trois canaux naturels; de grands arbres dressaient leurs têtes audessus de l'eau, d’autres étaient emportés, troncs et branchages, par le courant, où gisaient échoués sur les bords. Pendant que je traversais, Il M'arriva un accident : le pied me glissa avant que je pusse m'accrocher à la corde et je tombai la tête la première dans un grand trou plein d’eau, d’où l’on ne me tira qu'avec beaucoup de peine. Heureusement mes armes et mes chronomètres ne furent point endommagés par ce bain improvisé. J’eus aussi la satisfaction de voir que l'humidité n'avait pas gagné les charges de poudre et mon revolver. Je fis feu en arrivant à l’autre bord; ce qui accrut sensiblement l'admiration respectueuse des nègres pour cette arme merveilleuse.
Une marche d'un mille au delà de la rivière nous conduisit à une grande plantation. C'était le principal établissement d'esclaves du feu roi Olenda ; il comprenait, dans une vaste clairière de la forêt, un village d'esclaves au nombre de trois ou quatre cents. Je fus fort