‹ L'Afrique sauvageChapitre 50 sur 196 · CHAINE DE MONTAGNES D'OTENDO · texte numérisé non relu

CHAINE DE MONTAGNES D'OTENDO

toute apparence de sincérité, d'envoyer du monde pour le soigner.

Nous continuâmes donc notre route. À chaque pas, le pays devenait de plus en plus pittoresque. Nous fûmes sept jours à franchir la distance du village esclave à Mavolo. Mais nos étapes, multipliées, n'embrassaient guère au total qu'un rayon de trente-cinq milles en ligne directe. La route est un sentier qui traverse une forêt trèsvariée d'aspect, mais très-touffue, jetée comme un manteau de verdure sur les plateaux et les vallons d’une chaîne de montagnes qui court du nord au sud, entre le territoire d’Ashira et celui d'Otando. Je donne à cette chaîne le nom d’Otando. Ce n’est pas une crête continue ; elle est brisée en une infinité de pics plus ou moins élevés, entre lesquels descendent des pentes abruptes conduisant à des vallées profondes; le plus haut passage que j'aie franchi était de douze cents pieds. Ces montagnes sont de roche primitive; des blocs de quartz se dressent çà et là sur presque toute la longueur du chemin; des cristaux de quartz revêtent aussi le lit des ruisseaux qui brillent au fond des vallées et qui tous se dirigent vers le nord. La forêt ne contient pas beaucoup d'arbres de haute futaie, mais les plants, serrés les uns contre les autres, sont réunis ensemble par un réseau de lianes sauvages parmi lesquelles j'ai remarqué quantité de ces plantes grimpantes qui produisent le caoutchouc. Il était impossible de rien voir en dehors du sentier, à droite ou à gauche. C'’étaient presque partout des fourrés épais renfermant une espèce de palmier nain qui croissait avec peine sur un sol encombré de débris forestiers de toute sorte, branches cassées et pourries, troncs déracinés, amas de broussailles et de feuilles desséchées.

C'était une rude marche que la nôtre, le long des pentes escarpées, sous les lourds fardeaux dont nous étions chargés. À quelques milles au sud-ouest de la plantation, nous débouchâmes tout à coup devant un spectacle délicieux. Un des nombreux cours d’eau tributaires de l'Ovigui tombe en cascade brillante des vallées supérieures à travers des ravins, et vivifie les bois d’alentour où naissent sur son passage des tapis de mousse et de fougères. Ce coin de forêt semble un lieu enchanté, qu'embellissent à l’envi les plus riantes parures du monde végétal. Quant à la vie animale, on en rencontrait bien peu de traces; à peine entendions-nous par intervalles le cri de

quelques oiseaux: et, la nuit venue, quand nous nous étendions autour de nos feux de bivouac, un silence de mort régnait sous les

noirs ombrages de la forêt,

Le matin du second jour, nous arrivämes à la rivière de Louvend}Ji, que j'avais traversée un peu plus bas, lors de mon précédent voyage chez les Apingis. Elle est un peu moins considérable que l’Ovigui, et ne présente pas le même caractère. Son lit est rocailleux, et ses eaux d’une limpidité merveilleuse; ces deux rivières coulent dans la direction du nord, et le Louvendji décharge ses eaux dans l’'Ovigui, un peu au-dessus de la jonction de ce dernier cours d’eau avec le Ngouvai. Les bords du Louvendji donnent naissance à de grands palmiers et à des fougères gigantesques, que l’on ne trouve d'ordinaire que dans des terrains plus montagneux et plus secs.

J'aurais joui avec délices de cette partie de mon voyage, si je n'eusse été inquiet de mes porteurs, qui avaient tous mes effets entre leurs mains. Malheureusement, guides et porteurs ne cherchaïent tous qu'à me dévaliser à l’envi ; il m'était impossible de les tenir tous ensemble sous mes yeux ; point de prétexte qu'ils n’inven-

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