‹ L'Afrique sauvageChapitre 51 sur 196 · EMBARRAS SUSCITÉS PAR LES PORTEURS · texte numérisé non relu

EMBARRAS SUSCITÉS PAR LES PORTEURS

tassent pour rester en arrière. Je découvris bientôt qu'ils cachaient leurs provisions de bouche dans les buissons de la route; preuve qu'ils projetaient de me voler et de s'enfuir ensuite par le même chemin.

Les deux premières nuits je fis entasser mes ballots les uns sur les autres, et je voulus qu’on les adossât au hangar sous lequel je couchais; mais la troisième nuit, quand nous nous arrêtämes pour prendre du repos, Mintcho et quelques autres porteurs ne se trouvèrent pas à leur poste; les rusés coquins étaient restés en arrière et ne nous rejoignirent que le lendemain matin. Dès qu'ils furent arrivés, Mintcho, attaquant, comme on dit, le taureau par les cornes, me dit résolûment de regarder dans mes caisses; car il craignait, ajouta-t-il, qu'on ne les eût ouvertes et pillées ; il accusait ses camarades d’être des voleurs; ceux-ci récriminèrent, et le résultat de ces prises à partie fut que plusieurs des porteurs jetèrent leurs fardeaux et s'enfuirent. Les autres déclarèrent qu'il était inutile d’aller plus loin, puisque l’homme blanc, ayant été volé, ne pourrait leur payer leurs salaires. Il était évident pour moi que tout ce monde-là était d'accord. En ouvrant les boîtes, je reconnus en éffet qu'il me manquait une grande quantité d'objets précieux, entre autres deux bouteilles de vieille eau-de-vie, que je réservais pour les cas de maladie et dont la perte me contraria beaucoup, car elles faisaient partie d’un cadeau que j'avais recu d’un de mes meilleurs amis de Londres‘. Je ne pus retenir un premier mouvement d’indignation et j'accusai Mintcho de connaître mes voleurs; imprudence qui m’exposait à être abandonné par lui et les siens dans ce désert. Je le sentis; obligé de revenir sur mes paroles, je tâchai de dissiper ses craintes, en déclarant que je ne le rendais responsable de rien. Mes lecteurs peuvent être persuadés que Mintcho était lui-même le principal voleur, et que les autres n'avaient fait que lui obéir. Mais ce n'était que par une temporisation habile, en m’adressant tantôt à la vanité, tantôt à la poltronnerie de ces gens-là, en recourant moitié aux caresses, moitié aux menaces, que je pouvais échapper au terrible danger d'être abandonné seul dans cette forêt sauvage.

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