‹ L'Afrique sauvageChapitre 52 sur 196 · Charles White, Esq., Lime street, à Londres · texte numérisé non relu

Charles White, Esq., Lime street, à Londres

Le soir du quatrième jour, nous fimes une halte forcée. Les déserteurs étaient si nombreux qu'il ne me restait plus assez d'hommes pour porter plus longtemps mes bagages.

Le temps était orageux, il pleuvait toutes les nuits et nous ne trouvions pas de feuilles assez larges pour nous servir de toits et nous abriter. Aussi le malaise que me causaient ces averses mêlées de fréquents éclats de tonnerre et la préoccupation de mes bagages à surveiller me laissèrent-ils à peine un moment de repos. A mesure que le temps se passait, la faim vint s'ajouter à nos autres misères. Les nègres en marche ne prennent jamais de vivres que pour deux ou trois jours, car les bananes sont encombrantes et pèsent beaucoup; et comme d’ailleurs ils avaient caché dans les buissons une grande partie des provisions de route, nous étions déjà réduits à une ration chétive, ayant encore plus de quinze milles à faire avant de rencontrer le plus prochain village de l'Otando.

Je rassemblai ma troupe et nous tinmes conseil sur le parti à prendre. Je proposai d'envoyer quelques Ashiras en avant pour chercher des porteurs à Mayolo; mais Mintcho et ses amis se prononcèrent résolûment contre cet avis. Ils ne voulurent pas non plus permettre à deux de leurs hommes d'accompagner deux de mes Commis à Mayolo. Ce qu'ils craignaient au fond, c'était d'être arrétés et punis pour m'avoir volé. En définitive, je me décidai à n’envoyer que Mouitchi avec l'homme d'Otando qu'Arangui avait fait prisonnier. Mouitchi nous quilta en promettant de revenir deux jours après, avec des porteurs et des vivres.

Je restais donc au milieu de ces coquins d’Ashiras (ils étaient huit), avec deux seulement de mes fidèles Commis pour m'aider à les surveiller. Nous avions choisi pour notre campement une petite clairière, dans une des parties les plus solitaires et les plus sombres de la forêt, sur le haut d’une colline d’où descendait un sentier aboutissant par de longs détours aux limites de l’Otando. Nous étions absolument sans vivres, et nous allämes nous coucher sans souper. Reboukæ, Ngoma et moi, nous convinmes de veiller à tour de rôle sur les Ashiras qui faisaient semblant de dormir de l’autre côté du chemin. Mes bagages, hélas! toujours trop considérables et cause de tous mes tourments, étaient entassés à côté de notre feu de bivouac, en face de nous.

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