ÉPREUVE POUR LA SORCELLERIE
J'avais su de Macondai que depuis mon départ les principaux chefs des Ashiras Kambas, notamment Mbana et sa femme, celle qui avait fait ma cuisine dans le pays de Kamba, étaient morts de cette affreuse maladie depuis que je les avais quittés.
J'étais cependant parvenu à empêcher ces nouvelles de se répandre à Mayolo; car mes hommes avaient le bon sens de ne jamais dire un mot de ce qui pouvait nuire au succès de mon voyage. Mais j'avais le cœur gonflé d'amertume à l'idée qu'on pouvait m'accuser de n’apporter que la mort à ces pauvres gens inoffensifs.
Il veut, le 27 avril, une épreuve solennelle pour un cas de sorcellerie‘; car Mayolo était convaincu que ni lui, ni sa femme, ni son neveu ne pouvaient être malades si la sorcellerie ne s’en mêlait et ne cherchait à les faire périr. Il envoya chercher bien loin un docteur célèbre. Celui-ci arriva un matin, paré d’une manière fantastique : la moitié de son corps était peinte en rouge et l’autre moitié en blanc ; sa figure était bigarrée de raies noires, rouges et blanches, et naturellement il portait un collier composé de fétiches. Tous les habitants se rassemblèrent autour du docteur, qui commençait déjà ses conjurations magiques, lorsque j'arrivai sur la place pour être témoin une fois de plus de cette sinistre cérémonie. Elle différait cependant de la scène que j'avais vue précédemment et que j'ai racontée dans l'Afrique équatoriale. |
Le docteur contrefaisait sa voix en parlant, pour donner au peuple une idée plus effrayante de son pouvoir surnaturel. Le barbouillage de son corps et de son visage, son accoutrement et ses momeries, avaient également pour but de frapper les assistants d’une terreur respectueuse. Une cruche de terre noire, remplie d'eau, et entourée de craie magique et de fétiches, remplaçait les miroirs en usage chez les tribus de la côte. Assis sur un tabouret, le docteur regarda avec attention et d’un air de profond mystère dans la cruche d'eau, secoua la tête, reporta ses regards sur une torche allumée qu'il agitait au-dessus du liquide, fit force contorsions et grimaces,
1. Cette épreuve, le Pona Oganda des Commis, s'appelle à Mavolo Oyambt, ou Oyambeé.
en essayant de se rendre aussi hideux que possible; puis il fuma une pipe (condoquai), recommenca encore ses simagrées, et finit par déclarer que les gens qui avaient ensorcelé le village étaient des habi-
lants du pays. Ces paroles de l’oracle jetèrent une vive agitation
dans le peuple; chacun commenca à regarder son voisin avec effroi. Les plus proches parents se sentaient envahis par une mutuelle délance. Alors Mayolo, se levant, s’écria du ton le plus exalté qu'il fallait boire le mboundou, et fixa cette épreuve au lendemain matin ; car ce jour-là on avait déjà mangé, et le poison doit être pris à jeun.
Le lendemain, au lever du soleil, le village était vide. Tous les habitants s'étaient rendus dans un petit pré entouré de bois, à peu de distance de là, pour prendre part à la cérémonie. On gardait le silence autour de moi sur les personnes que l’on soupconnait, dans la crainte sans doute que je ne voulusse intervenir. Je pensai toutefois qu'il était d'une meilleure politique de ne pas le faire et d’as-