MON DISCOURS AU PEUPEE
plus fort que tous les autres.) Quand même je voudrais me fâcher contre vous, je ne trouverais pas l'ombre d'un prétexte. (Ici Mayolo se rengorgea et regarda autour de lui d’un air fier. Peu de jours après mon arrivée, Mayolo, vous êtes tombé malade; mais vous avez une tête sage; vous savez que je ne vous ai pas fait de mal. Je souffrais de vous voir malade ; car j'ai un cœur comme vous. Comment pourrais-je vouloir que vous soyez malade, vous, mon seul ami? (Mayolo sourit avec complaisance, et parut plus fier que jamais.) Je ne suis pas un méchant Esprit; je ne me plais pas à faire le mal. Je ne vous ai pas apporté la contagion; car elle était ici avant moi. (Oui, oui, c’est vrai.) Mes compagnons aussi, à moi, ont été malades; est-ce que j'aurais voulu leur faire du mal? Macondai, mon ami chéri, que j'ai pris avec moi depuis sa plus tendre enfance, a été plus malade que tous les autres; aurais-je donc voulu lui faire du mal? Si je marchais précédé de la mort et de la douleur, serait-ce le moyen de pénétrer dans l’intérieur du pays? Si vous vouliez aller chez les autres tribus, est-ce que vous vous feriez précéder par des maladies? Il en est de même de moi. Pour m'introduire dans l’intérieur, il faut que je me fasse des amis. Le fléau va où bon lui semble, et ne demande conseil à personne. On a peur de moi ! Ne voit-on pas, au contraire, que je n’apporte que de bonnes et belles choses : des perles, des miroirs, des habits et des coiffures rouges? Voilà tout ce que je veux introduire chez les peuples que je vais visiter.
« A-présent, Mayolo, vous vous portez mieux... Il y a chez ce peuple un dicton bien vrai; c’est qu'un homme n'est pas seul dans le monde ; il a des amis; personne n’est seul et sans amis. Vous, Otandos, vous avez des amis chez les Aponos et les Ishogos où j'ai dessein d'aller. Si vous demandez des articles de commerce à ces amis, ils vous en donneront. Moi, je viens vous demander passage. Venez me montrer le chemin qui conduit chez les Aponos. Celui que j'aimerai le mieux, ce sera le plus court. Si vous me contentez, je vous contenterai. J'ai des présents à vous faire, à tous. En revanche, je veux constater ici que Mayolo et moi nous sommes deux grands amis, afin qu'après mon départ on puisse dire : Mayolo était l'ami de l'Esprit blanc. »
Le peuple accueillit la dernière partie de ce discours avec des acclamations d'enthousiasme , auxquelles Mavyolo joignit les siennes. Quand j'eus fini, je me rassis sur mon tabouret.
Mayolo remit sa réponse au lendemain, car tout le peuple n’était pas présent. On convoqua donc une seconde assemblée, et j'espérai que ce serait la dernière. Les hommes étaient assis en demi-cercle; les femmes formaient un groupe à part. Au milieu, on voyait un enfant qui tenait une chèvre, et près de lui deux régimes de bananes. Toute ma troupe était avec moi. Mayolo commenca son discours, et, suivant l'usage, il s’adressa à une tierce personne, à Igala :
« Quand un homme, dit-il, va chasser dans la forêt, il n’est pas content jusqu'à ce qu'il revienne avec du gibier.Ainsi le cœur de Chaillie ne sera pas content avant d’avoir obtenu ce qu'il désire. J’ai entendu ce que Chaillie m'a dit: Je suis un homme. Chaillie, PEsprit, est venu vers Mayolo. Je suis Mayolo; il n’y a pas d'autre Mayolo que moi. Je suis honteux de ce long retard. Fai un cœur, moi, et Chaillie partira. Je sais qu'il y a des gens, des jaloux, qui ont dit que j'avais des démêlés à vider dans les pays de l’intérieur, que j'avais pris là des esclaves à crédit, et que j'en devais le prix. C’est un mensonge. On a peur de Chaillie? Mais nous savons tous que c’est un Esprit. Depuis que nos pères sont nés, on n’a jamais vu son pareil. On a répandu le bruit qu'il porte la maladie et la mort partout où il va; et c’est pour cela qu'on a peur de lui. J’ai été malade ; mais ce n'est pas lui qui en est cause; ce sont des étrangers. [ls ont voulu m'ensorceler parce qu'ils sont jaloux des cadeaux que l'Esprit m'a faits. J'irai moi-même, dans trois ou quatre jours, rendre visite à un chef apono de mes amis, et je lui dirai que Chaillie mange comme nous, boit comme nous, qu'il joue avec nos enfants, qu'il cause avec nous et nos femmes, et qu'il ne nous fait que du bien. Je suis Mayolo, et Chaillie poursuivra sa route, et alors son cœur sera satisfait. »
Puis, se tournant vers moi, il ajouta :
« En attendant, prenez cette chèvre et ces bananes et mangezles. Nous serons bientôt sur la longue route, mais il faut d’abord que je tâte le terrain. On doit s'avancer petit à petit. Vous ne pouvez pas attraper un monkey, à moins de prendre les précautions nécessaires
pour l’approcher. »
RÉTABLISSEMENT DE MAYOLO. 157
Je répliquai dans leur style favori :
« Si vous m'aviez dit : Attendez, attendez, et que j'eusse vu que vous ne disiez pas la vérité, la chèvre que vous m'avez donnée ne m'aurait pas fait plaisir et je vous l’aurais rendue, car le goût m'en aurait paru amer; mais je vous crois. »
Aïnsi j'avais lieu de me réjouir; car Mayolo allait faire tous ses efforts pour m'aplanir les voies vers la terre d’Apono. Dans l’aprèsmidi, je chargeai [gala d'aller avec un bistouri percer un abcès que Mavolo avait à l'épaule. Ce remède soulagea tout de suite le malade. Le brave homme me remercia beaucoup, et nous devinmes meilleurs amis que jamais. Le lendemain, il était si enchanté du succès de l'opération, qu'il s’enivra avec une boisson fermentée qu'il avait préparée deux jours avant de tomber malade; c'était un mélange de miel et d'eau, auquel il avait ajouté quelques morceaux d’écorce d’un certain arbre. La longue fermentation de ce breuvage l’avait amélioré, suivant lui; car plus une liqueur de ce genre est ancienne, mieux elle enivre les gens. Tous les habitants du village célébrèrent le soir, par une fête joyeuse, le rétablissement de leur chef. Mayolo était le plus bruyant de tous, gambadant, se frappant la poitrine, et criant à tue-tête : — « Me voilà! Je suis vivant! On disait que j'allais mourir parce que l'Esprit était venu ; pas du tout; me voilà! »
Pendant tout le temps de sa maladie, il n'avait fait que songer d'avance à ce jour de gala; il avait rempli plusieurs cruches du pays de ce précieux breuvage. Heureusement l'ivresse n’altérait pas son naturel inoffensif. À peine pouvait-il se tenir sur ses jambes. Il venait à moi en trébuchant et en criant : — « Me voilà, Chaillie! Enfin je suis guéri! Je vous dis que je me porte bien, Esprit blanc (Oguizi). » Et pour me le prouver, il se mit à sauter, à rire et à frapper du pied. « Ne voyez-vous pas, répétait-il, que je me porte bien? Ah! ah! les Otandos disaient. les Aponos disaient. Ah!ah! quand ils ont appris que vous arriviez dans mon village, ils disaient. Ah! ah! Mayolo est un homme mort! Vous voyez, ah! ah! et quand je suis tombé malade, est-ce qu’ils ne disaient pas : Mayolo ne s'en relèvera jamais !.. Eh bien, me voilà! Je suis encore vivant! Ah! ah! donnemoi de la poudre, que je tire des coups de fusil, et que tout le monde entende que je me porte bien !
— Pas aujourd'hui, Mayolo, lui dis-je tranquillement, car votre tète est encore faible. »
[Il se mit encore à rire, et s’en alla en criant : « Je savais bien que l'Esprit n’aimait pas à me voir malade. Je suis Mayolo. Je l’emmènerai bien loin. »
Pendant le mois d'avril, je me régalai souvent d’un mets excellent : un gigot de monkey grillé. Autrefois, j'éprouvais une grande répugnance pour la chair du monkey (non pas précisément à cause de sa ressemblance avec l’homme), mais plus tard, Ja famine et la rareté de toute espèce de nourriture animale m'avant obligé d'en manger beaucoup, le goût m'en était venu avec l’habitude. La bonne saison du monkey dans le pays d'Otando, ce sont les mois de mars, avril et mai, pendant lesquels cette bête est si grasse que sa chair est vraiment exquise. Je ne connais pas de gibier plus savoureux ; mais il faut que les membres soient grillés ou rôtis, pour que ce mets atteigne à sa perfection. Aux autres époques de l’année, les monkeys sont maigres, coriaces et insipides. Il en est de mème du cochon sauvage dans ces contrées. De février aux premiers jours de mai, quand la noix koola est müre et tombe en abondance des arbres, les cochons sauvages qui s'en nourrissent s’engraissent comme des porcs domestiques, et leur chair devient délicieuse. Les jours où je m'étais ainsi régalé, je n’enviais pas Sardanapale ni ses fastueuses bombances, car je me disais que ce voluptueux monarque n'avait pas de monkeys gras sur sa table. Je recommande à tous les voyageurs futurs de mettre leurs préventions de côté et de goûter à ces grillades de monkeys, au moins pendant les mois que j'ai indiqués. Ils me remercieront de cet avis. Beaucoup de fruits sauvages sont en pleine maturité à cette époque, et les monkeys n’ont que le choix des aliments. Je terminais mon diner par un ananas au dessert; la saison cependant était passée alors pour les ananas. Elle commencait quand je suis arrivé chez les Ashiras, et elle a duré tout le temps que J'y suis resté.
Mavyolo, après son rétablissement, me traita plus amicalement que jamais. Il avait au plus haut point l'esprit de curiosité; aussi je passais presque tout mon temps à répondre à ses questions. Un jour, il vint avec tous les hommes et toutes les femmes du
CURIOSITÉ DES OTANDOS. 159
village, me faire subir un véritable interrogatoire. Il commenca par me demander combien de femmes nous employions à travailler dans nos plantations. Quand je répondis que chez nous les femmes ne travaillaient guère dans les champs, leur étonnement fut extrême. Il s’accrut encore quand je leur appris que la banane et le manioc étaient presque inconnus dans notre pays. Un cri général s'éleva : — « Qu'est-ce que vous mangez donc? » Je leur expliquai que nous avions toute sorte d'aliments en abondance. Ainsi je leur dis que nous avions des bœufs, à peu près pareils à leurs buffles sauvages, parqués à demeure dans nos villages, apprivoisés comme leurs chèvres, et exercés à traîner des machines. [ls eurent grand” peine à me croire, même lorsque j'ajoutai que dans leur propre pays il y avait des tribus d'hommes noirs qui possédaient des bestiaux apprivoisés. Renchérissant sur ce sujet, je leur dis qu'il y avait d’autres contrées où l’on apprivoisait même les éléphants, dressés avec intelligence à porter des hommes sur leur dos. À ces mots, une exclamation bruyante partit de toute l'assemblée; et comme j'avais justement un numéro des Nouvelles illustrées de Londres, contenant une scène de mœurs indiennes où figuraient des éléphants, j'allai le chercher pour prouver à mon auditoire que j'avais dit la vérité. Tout le monde se pressa pour regarder la gravure par-dessus les épaules de Mavolo. Ils reconnurent que c’étaient bien des éléphants, et témoignèrent une vive surprise à la vue des hommes montés sur leur dos. Ce qui les étonnait par-dessus tout, c'était de voir les éléphants attachés par le pied et cependant restant tranquilles. Le Punch (le polichinelle) excita ensuite leur profonde admiration. Ils s’écriaient en regardant le portrait du personnage : — « Ah! le beau chapeau ! Quel beau chapeau il porte! » et ils me demandèrent si je n’en avais pas de pareils. Sur ma réponse négative, ils parurent tout désappointés.
Vinrent ensuite une foule de questions sur les hommes blancs. Quelle ne fut pas leur stupeur, quand je leur dis que nos maisons étaient construites en pierre, de cette même matière dure qui se trouvait dans leurs montagnes! Leur dernière question était délicate : « Les hommes blancs meurent-ils? » Je désirais les maintenir dans la croyance que les blancs étaient immortels ; car leurs idées superstitieuses sur mon compte étaient ma meilleure sauvegarde, Je
feignis donc de n'avoir pas entendu leur demande, et je détournai leur attention sur un autre sujet.
Mes interlocuteurs, les femmes surtout, s’enhardirent peu à peu pendant cette longue causerie. Je voyais quelques commères conférer et chuchoter ensemble, comme s'il s'agissait d’une importante affaire. À la fin, une d’entre elles, plus décidée que les autres, s’avanca et me dit : — « Nous avons bien vu votre tête et vos mains depuis que vous êtes parmi nous; mais nous n'avons jamais pu voir si le reste de votre corps est pareil. Vous nous feriez bien plaisir si vous vouliez vous déshabiller et vous montrer comme vous êtes. »
On peut croire que je refusai tout net d'accéder à cette aimable prière; alors ces dames, sans insister, m'en adressèrent une seconde que j'étais plus à même d'accueillir : c'était de leur parler la langue Oguizi, celle des Esprits. Je leur débitai quelques phrases d'anglais et de français, mais je doute qu'elles aient fait la distinction des deux langues. Ces gens-là pensent que tous les hommes blancs appartiennent à la même nation; et, sauf l’idée d’une grande terre habitée, située au delà de la grande mer, ils ne savent rien des divers peuples, ni de la situation qu'ils occupent dans le monde. Quand je leur demandais où ils pensaient que le fleuve Ngouyai devait aboutir, ils répondaient : — « Quelque part dans le sable. »
Après notre longue conversation, je me sentis fatigué et j'allai me promener dans la prairie. La journée se passa bien; mais elle fut troublée vers le soir par une violente querelle entre deux femmes ashiras, mariées toutes deux, dont l’une, demeurant hors du pays, était venue à Mayolo pour voir quelques amis. Il paraît qu'un des hommes du village avait donné rendez-vous à cette femme, et que l'épouse de celui-ci l’ayant su, avait demandé à son mari quelle affaire il pouvait avoir à traiter avec l’étrangère; que même, dans sa jalousie, elle s'était permis de dire que c'était sans doute sa maitresse ; et comme le mari, apparemment, ne fit pas une réponse tout à fait satisfaisante, elle s'élanca furieuse hors du logis pour aller trouver sa prétendue rivale. [l s’ensuivit un combat singulier. Quand les femmes se battent dans ce pays, elles commencent par jeter de côté leur dengui ou pagne, c’est-à-dire par se mettre entièrement nues. L’assaillante s'étant dépouillée la première de tout vêtement,
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l'adversaire, pour montrer du cœur, en fit bien vite autant, et voilà les deux charmantes créatures qui en viennent aux mains, c’est-àdire aux ongles et aux dents, car elles s’égratignaient comme des chattes, accompagnant d’ailleurs leur lutte des injures les plus dégoütantes qu'il soit possible d'imaginer. Mayolo dormait dans sa maison; et comme personne ne paraissait disposé à intervenir, j'allai moi-même séparer ces deux furies.
Sur ces entrefaites, Ashoumouna et les hommes que Mayolo avait envoyés en avant pour me frayer la route d’Apono revinrent intimidés par la réception qui leur avait été faite dans le premier village, situé sur la rive droite du Rembo Ngouyai. Aussitôt qu'ils eurent dit qui ils étaient, en ajoutant qu'ils avaient des perles pour acheter du sel, — car les Aponos font un commerce de sel qui se paye en esclaves, — on leur cria de tous côtés : « Allez-vous-en ! allezvous-en! Nous ne voulons pas avoir affaire à l'Oguizi, ni aux gens qui sont en contact avec lui! Nous n'avons que faire de vos perles! Nous ne voulons rien de l’Oguizi! »
Ces nouvelles me consternèrent. Mayolo essaya de me rendre un peu de courage, mais je n'avais devant les yeux qu’une perspective sombre et désolante.
6 Mai. — J'avais mesuré quelques distances pendant la nuit, entre la lune et Jupiter, et je me sentais fatigué. J’allai, suivant mon habitude, après mes observations nocturnes, dans un petit hangar situé derrière ma maison et je pris une douche d’eau froide, ou pour mieux dire, je me jetai de l’eau sur le corps. J’aimais à me rafraîchir de la sorte avant d'aller me coucher. J'ouvris enfin la porte de ma chambre; mais j'en sortis plus vite que je n°v étais entré; car j'avais mis le pied sur une bande de fourmis Bashikouais, et en moins d’un instant je fus tout couvert de ces agiles et sauvages petites créatures, qui me mordaient cruellement. Je m’échappai presque fou de douleur. Je n’osais pas allumer du papier ni combattre par le feu la horde envahissante des fourmis, par crainte de l'explosion de la poudre que j'avais là en réserve; il fallait donc abandonner ma demeure à l'irrésistible armée qui s’en était rendue maîtresse. J'appelai mes hommes et nous ne tardèmes pas à rencontrer, hors de la
maison, une autre colonne de fourmis en marche. A celles-là j'appli- [L
quai le feu résolüment et Jen brülai des milliers. Mais ce ne fut que vers deux heures du matin que ma maison fut débarrassée de ces hôtes formidables.
Quand je me levai le surlendemain, plutôt enfiévré que reposé, je trouvai encore les Bashikouais dans mon logis; cette fois elles sortaient d'une quantité de trous qui s'étaient ouverts dans la terre, près de ma maison, et qui n'étaient autre chose que les issues de tunnels ou galeries aboutissant aux demeures souterraines de ces insectes. J'étais heureux qu'il fit jour, car s'il eût été nuit, je n'aurais pas tardé à recevoir une seconde fois leur visite. L'invasion nocturne de ces fourmis dans une chambre à coucher est un danger des plus sérieux; car une armée de Bashikouais, prenant d'assaut le Corps d'un dormeur, lui ménage un réveil des moins agréables. Il est positif que si un homme était bien attaché dans son lit, il serait entièrement dévoré en quelques instants. J'ai entendu dire que des hommes, jugés coupables de sorcellerie, avaient été condamnés à ce supplice. Heureusement la morsure de ces fourmis n’est pas venimeuse. Nous jetâmes de l’eau bouillante dans les galeries souterraines et sur les colonnes de fourmis qui s’en échappaient; c’est ainsi que nous leur donnâmes la chasse, de facon à prévenir une nouvelle irruption.
10 Mai. — Je fus témoin ce jour-là d'un acte d’astuce qui peint bien la fourberie innée de ces Africains. Mes hommes avaient étalé sur des nattes, devant ma cabane, une grande quantité de pistaches que nous avions achetées. De l’intérieur de la maison, je surveillais un petit drôle, de quatre ans environ, qui se régalait sournoisement de mes provisions en guetltant ma porte du coin de lœil, croyant que je ne le voyais pas. Je sortis tout à coup; mais mon petit coquin, prompt comme l'éclair, se rassit bien vite sur un morceau de bois, et, cachant adroitement sous ses jarrets reployés et dans les plis de son ventre les pistaches qu'il tenait à la main, il me regarda d’un air d'innocence parfaitement joué.— Voilà donc, me disais-je, ces enfants de la nature, si purs et si ingénus, que les écrivains nous vantent, par opposition aux enfants corrompus de la civilisation ! Le vol dans ces pays sauvages n'est pas regardé comme un acte qui blesse la communauté entière ; et personne, excepté le volé, ne porte plainte