‹ L'Afrique sauvageChapitre 63 sur 196 · NOUVELLES DU PAYS D'APONO · texte numérisé non relu

NOUVELLES DU PAYS D'APONO

contre le voleur. Probablement mon précoce petit filou ne recevra jamais le moindre enseignement qui puisse le détourner de devenir un grand misérable.

Le soir, pendant que je faisais un calcul sur une distance de la lune, je fus effrayé tout à coup par des cris de femme. Je courus à cet appel, et je trouvai une femme mbuiri, soudainement inspirée par l’esprit de divination. Le mbuiri était entré en elle. Cette possédée extravagua pendant quelque temps. Le thème de ses divagations était l’eviva, la contagion.

14 Mai. — Mes infortunes n'auront donc jamais de fin ! Voilà un nouvel abcès qui se forme à l'épaule de Mavolo ! Je commence à croire que je ne dépasserai jamais les limites de l’Otando. Cependant Mayolo m'assure qu'il enverra son neveu dans l’Apono pour me préparer les voies. La grande difficulté, me dit-il, sera de traverser le fleuve; ce qui ne peut se faire qu'avec l’aide du chef de Mouendi, village situé près des rives du Ngouvyai. J’allai chez moi choisir des présents pour ce chef d’Aponos : c’étaient un superbe chapeau rouge, un collier de perles, et un peu de poudre. Je priai Mayolo de les envoyer par son messager, et de faire annoncer au chef que je lui apporterais moi-même beaucoup d’autres belles choses. C'était le seul moyen de dissiper les scrupules de ces Aponos, qui craignaient que ma visite ne portàt malheur à leur village.

15 Mai. — Le messager de Mayolo revient porteur d’une heureuse nouvelle : le chef Apono consent à nous recevoir ! En échange du cadeau de Mayolo, il lui envoie un kendo, en y ajoutant ces mots : — «Mayolo m'a causé une grande joie : comment lui refuserais-je ce qu'il me demande? Qu'il vienne avec son /bamba. Mayolo n’est pas mort, quoiqu'il ait accueilli, l'Esprit. Pourquoi donc mourrais-je? »

Ce jour-là, il vint chez moi beaucoup de monde. On voulait voir. avant que je quittasse le pays, toutes les merveilles que J'emportais. Mayolo lui-même, quoique assez mal portant, ne put résister à la tentation de quitter son logis pour se Joindre aux curieux. Je leur montrai d'abord une grande boîte musicale de Genève. Après en avoir monté le ressort, je la posai au milieu de la rue, sur un tabouret. Aux premiers sons de la musique mystérieuse, ils ouvrirent de

grands yeux, promenant leurs regards de la boîte à moi, et de moi à la boîte, pour voir si j'étais en communication avec elle; et telle était la frayeur qui les travaillait intérieurement, que lorsqu'un petit tambour se mit à battre dans la boîte, ils prirent leurs jambes à leur cou, Mayolo en tête. Je courus après eux pour calmer leur panique, mais je ne pus leur ôter l’idée qu'il y avait un diable dans la boîte. Ils revinrent cependant, mais ils refusèrent de s’asseoir, tout prêts à reprendre la fuite à la première alarme. Ce qui portait leur stupeur au comble, c'était d'entendre la musique qui allait toujours, quoique je fusse à une très-grande distance de là, me promenant de long en large dans la prairie. Quand je revins, J'offris de leur faire voir qu’il n'y avait pas de diable dans la boîte; mais comme je me disposais à * lever le couvercle, ils détalèrent encore à toutes jambes.

Je leur montrai aussi un accordéon; mais n'étant pas musicien, je ne pus que faire beaucoup de bruit; ce qui leur inspira une vive admiration. [ls aimaient mieux cet instrument que la boîte à musique ; car ils n’y voyaient aucune action mystérieuse de nature à les effrayer. Passant à une autre expérience, j'essayai l’effet du galvanisme sur les individus que je pus décider à me prêter leur bras. Dès qu'ils sentirent la secousse, ils s’écrièrent : « Éninda! » L’éninda est un poisson électrique qui se trouve dans les cours d’eau des environs. Et tous de me demander : — « Pourquoi ne nous avez-vous pas montré plus tôt toutes ces choses si curieuses ? »

Bref, après leur avoir fait voir des enluminures, des gravures, les portraits des orateurs de la Chambre des Communes, etc., je pris ma grande pierre d’aimant, qui devait les confondre de surprise. Je dis à un homme de s'approcher de moi avec son sabre nu, puis Je le fis chanceler, en lui arrachant sa lame des mains, par la vertu de mon aimant. Je demandai d’autres sabres et des couteaux. Tous à la fin me passèrent des armes, mais ils n’osaient s'approcher de linstrument magique, dont la couleur rouge contribuait à les épouvanter. Quand ils virent leurs couteaux et leurs sabres suspendus à la pierre, les uns par la pointe, les autres par le tranchant, ils s’écrièrent tout d'une voix :—«Jl n’y a qu'un Oguizi (un Esprit) qui puisse faire de telles choses. » Je les engageai à manier la pierre, mais aucun d'eux ne l’osait. Mavolo seul, chez qui la curiosité l’emporta sur la crainte.

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