CHAPITRE X
L'OTANDO ET LE PAYS DES APONOS
Position géographique de Mayolo. — Splendeur des constellations dans les régions équatoriales. — Lumière zodiacale. — Rayonnement des étoiles. — Pluie de météorites. — Plaines ou prairies de l’Otando et de l’Apono. — La tribu des Otandos est une branche
de celle des Ashiras. — Leurs coutumes. — Dents limées. — Tatouage. — Chiens du pays.
À partir d’Olenda, dans la direction de l’est, le pays que je traversais, ainsi que peuvent le remarquer les lecteurs de mon premier voyage, comparé à mon expédition actuelle, était une terre entièrement nouvelle, non-seulement pour moi, mais aussi pour tous les Européens. Il est donc nécessaire de consigner ici les divers détails que j'ai pu réunir sur les différentes parties de cette contrée, ses habitants et ses productions.
Malheureusement le journal qui contenait mes notes de voyage d'Olenda à Mayolo et celles que j'avais prises sur mes deux derniers mois de séjour dans ce dernier endroit, à été perdu, avec la plus grande partie de mes bagages, dans ma retraite précipitée d’Ashango. - Sur cinq volumes, c’est le seul qui me manque. Il contenait mes observations sur la hauteur de la chaîne de montagnes qui sépare l’Ashira de l'Otando. Il m'est donc impossible de donner ici une étude complète de cette grande chaîne, trait important de la physionomie de cette partie de l'Afrique, en ce qu’elle forme, avec l’autre chaîne plus basse, située à l’ouest d'Olenda, une ligne de séparation bien accentuée entre le littoral et le centre du continent africain. Je me rappelle toutefois que le sol s'élève fort souvent à plus de 4,200
pieds au-dessus du niveau de la mer, ainsi que l'ont constaté mes anéroïdes. :
D'après une longue suite d'observations, j'ai reconnu que Mayolo est situé à 1° 51’ 14” de latitude sud, à 11° 0’ 37” de longitude est, et à 496 pieds environ au-dessus du niveau de la mer.
A Mayolo, la contemplation du ciel me causait un ravissement inexprimable. Souvent je m'arrêtais en extase dans la prairie, mon fusil par terre à côté de moi, occupé à regarder les étoiles. C'était avec amour que je fixais les yeux sur ces astres qui m'avaient servi de guides et qui veillaient sur moi comme des amis, dans ces solitudes où j'errais en enfant perdu. C'était aussi avec un vrai sentiment de mélancolie que je leur adressais un dernier regard, lorsqu'ils | étaient près de disparaître sous l'horizon pendant plusieurs mois, et je saluais ensuite leur retour avec une joie que comprendront tous ceux qui se sont trouvés dans ma situation. En même temps je mesurais la hauteur d’où ces étoiles m’envoyaient leurs doux rayons; j'essayais de calculer le nombre des corps lumineux qui voyageaient dans l’espace, jusqu'à ce que l’aube du matin vint mettre un terme à mes veilles en noyant dans sa lumière tous ces flambeaux nocturnes.
Je ne puis songer sans une profonde émotion à ces incomparables nuits des régions équatoriales, dont l’image est gravée dans ma mémoire en traits ineffaçables.
La partie de l’année que je passai à Mayolo (avril et mai), est celle où l'atmosphère a le plus de pureté; car, une fois les orages dissipés, l’azur du ciel est si transparent, que le rayonnement des éloiles semble s’accroître avec la profondeur du firmament.
A cette époque, les plus belles constellations de l'hémisphère austral étaient visibles toutes à la fois : le Vaisseau, la Croix, le Centaure, le Scorpion et la Ceinture d’Orion qui comprend les trois étoiles les plus brillantes du ciel, Sirius, Canope et l’x du Centaure.
Les planètes Vénus, Mars, Saturne et Jupiter étaient en vue.
Les nuages magellaniques, à la surface blanchâtre, un surtout plus grand que les autres, étaient brillamment éclairés, en évoluant autour du pôle sud, privé d'étoiles, et contrastaient avec le Sac de Charbon, comme on l'appelle, qui avoisine la Croix du Sud.
La partie de la voie lactée comprise entre le 50° et le 80° degré, si belle et si riche dans son amas de nébuleuses, brillait entre Sirius