LA FOURMI D’ARBRES
La fourmi d'arbres. — Après avoir fait de mon mieux pour décrire ce que j'appelle la fourmi blanche à ruches-champignons, je dois parler d’une autre espèce qui vit dans les forêts, et qui est souvent proche voisine de l’autre. Il y a, en effet, dans les bois, une fourmi qui fait sa ruche ou son nid entre les nervures des troncs d'arbres. Ces nids ont de quatre à sept pieds de long et de six à huit pouces de large; ils sont formés extérieurement de plusieurs toits obliques superposés. Les fourmis qui les bâtissent ont le corps allongé, noir avec une tête blanche, et ne ressemblent pas du tout aux fourmis à ruches-champignons.
La construction s'élève d’abord de terre; comme une espèce de cylindre irrégulier, jusqu'à la hauteur d’un pied ou même de dixhuit pouces. Elle est remplie de cellules et de cavités. Puis se présente le premier toit oblique. Plus l'édifice est grand, plus il a de ces toits inclinés, qui vont en diminuant vers le haut. Celui du milieu est le plus grand. Quelquefois un toit n’est séparé d'un autre que par quelques pouces. Les toits communiquent entre eux, à travers les cellules, par un même cylindre qui traverse toute cette œuvre de maconnerie. L'ensemble de l'édifice est très-compacte, très-solide, et imperméable à la pluie. Ces constructions dans les forêts sont assez rares. Mais avant trouvé un nid dans un arbre de la prairie, près de Mayolo, j'ai été dispensé de pousser plus loin mon exploration. ;
J'ai souvent brisé des parties de ces singuliers édifices pour observer les allures de ces insectes dans leurs sombres demeures. JY ai trouvé, comme dans les ruches-champignons des prairies, beaucoup de petites fourmis blanches. Là aussi il y avait des chefs, des euerrières et des ouvrières. Les guerrières ne faisaient rien, tandis que les ouvrières déployaient beaucoup d'activité. Ceux de ces insectes dont le développement n'était pas complet ne se mouvaient que lentement et paraissaient fort délicats; les plus jeunes ne remuaient pas du tout. Quand j'avais brisé quelque cellule, le premier soin des fourmis adultes était toujours de mettre leur progéniture en sûreté; ce qu’elles faisaient en la prenant dans leur bouche et en l’emportant dans les galeries intérieures. Quant aux petites fourmis en état de marcher seules, les grandes se contentaient de les pousser devant elles. Aussitôt que les plus jeunes avaient été mises
à l'abri, les guerrières venaient se ranger à l'ouverture des cellules endommagées, pour défendre la brèche contre l'ennemi, et aussitôt les ouvrières s'empressaient de travailler. Si par hasard j'avais tué quelques jeunes fourmis en brisant l'édifice, les adultes venaient à elles et, les voyant mortes, se retiraient et les laissaient par terre.
Je voyais les guerrières occupées à une besogne qui me parut d'abord incompréhensible; mais bientôt je découvris qu'elles tracaient avec leurs bouches le dessin des travaux destinés à boucher les cellules, ouvrage que leurs compagnes, les ouvrières, devaient ensuite exécuter. Les guerrières venaient se ranger au bord de chaque cellule ouverte, restaient là en repos pendant quelques instants, puis disparaissaient, Au mouvement de leurs têtes, je supposai qu'elles remuaient de la terre, mais mon microscope ne me permit pas de m'en assurer. Je supposai aussi qu’elles répandaient quelque suc particulier pour humecter la place où les constructions devaient s'appuyer, mais là encore mon microscope fut en défaut. Après tous ces préparatifs, les fourmis ouvrières venaient appliquer leur bouche au fond des cellules, dans les endroits où d’autres avaient jeté du mastic, et cette besogne se poursuivait avec beaucoup de régularité. Rien de plus curieux que de voir l’ordre avec lequel ces ouvrières travaillaient en rangs serrés et côte à côte, jusqu'à ce que les brèches fussent toutes réparées. Avant de se mettre à bâtir, elles apportaient de petits morceaux d'argile émiettée qu’elles avaient rencontrés en chemin. Leurs matériaux de construction me parurent ètre les mêmes que ceux dont se servaient les fourmis des rucheschampignons. Quand les travailleuses les avaient préparés, elles disparaissaient, et d’autres venaient les remplacer. Je tenais toujours à savoir si par hasard ce n'étaient pas les mêmes qui revenaient; mais, là comme dans les ruches-champignons, je ne pus éclaircir ce point. Les chefs de cette communauté étaient moins nombreux, eu égard à la population, que ceux des ruches-champignons. Ces fourmis ne rebâtissaient qu'une fois leur demeure entière, quand Je l'avais brisée, Si j'en détruisais de nouveau quelque partie, elles se contentaient de boucher les cellules ouvertes.
Dans ces sortes de constructions, le toit oblique empêchait la pluie de pénétrer à l'intérieur, tandis que les ruches-champignons,