MA MÉTHODE DE CLINIQUE
nous mimes en route, les deux vieillards désappointés nous suivirent en continuant leurs instances importunes. L'un d'eux eut même la hardiesse de venir à moi et d'essayer, en me touchant le bras, de me faire prendre le chemin de son village. Mais rien de plus curieux que sa frayeur quand je me retournai brusquement vers lui. Il recula tout tremblant, et agita devant lui son éventail de cuir, en criant : —« Oh! ne me fais pas de mal, Oguizi! »
Après quelques minutes de chemin, nous fimes notre entrée dans la ville amie de Mokaba, au milieu des acclamations générales. La nuit suivante, je pris l'alarme. Mayolo avait la fièvre et se trouvait fort mal à son aise. J'avais déjà remarqué chez lui des symptômes assez fâcheux pendant que nous étions à Mouendi.
Je fus d’un autre côté aussi heureux que surpris de voir mes hommes mieux portants alors qu'au début de notre expédition. Car, chose étrange, ces nègres ne supportaient pas la fatigue aussi bien que moi, et en général, après une longue route ou une longue chasse, ils tombaient malades. Mais je ne pouvais obtenir d'eux qu'ils vinssent m'avertir dès qu'ils éprouvaient les premières atteintes d’un malaise quelconque. Aussi avais-je fixé certaines époques, soit tous les quinze jours, soit tous les mois, suivant les saisons, pour les faire comparaître à ma clinique, et je les médicamentais à la ronde. Certains jours étaient affectés à certains traitements : aujourd'hui, c'était l’huile de castor; demain, les pilules mercurielles ou le calomel; après-demain, les sels d'Epsom, etc. Ils se présentaient tous à la file, et recevaient chacun sa dose pharmaceutique. De temps en temps, un ou deux d’entre eux tâchaient, mais en vain, d'échapper à mon dispensaire, en prétextant quelque excuse. C'était surtout les jours de l'huile de castor que je trouvais des récalcitrants. Les autres substances, disaient-ils, ne leur faisaient pas l'effet d’être des drogues; mais celle-là était si mauvaise! Aussi que de grimaces avant que toute la bande eût avalé sa ‘dose! Cependant j'eus à m'applaudir des résultats de ma méthode, car mes hommes ne se portèrent jamais mieux que depuis que je l'avais adoptée.