VOYAGE DANS LE PAYS DES ISHOGOS
Village des Obongos ou nègres nains. — Leurs demeures, — Absence des habitants. — Les anciens et le peuple de Yengué. — Arrivée du chef de Yengué. — Danse guerrière des Aponos. — Cérémonie de la Mpaza (des Jumeaux). — Nuit bruyante. — Belle conduite des porteurs aponos.— La rivière Ogoulou.— Position géographique et altitude de Yengué. — Passage de l’Ogoulou. — Marche vers le plateau de Mokenga. — Limites orientales du pays d’Ishogo. — Quembila, roi de Mokenga. — Palabre. — Conflit entre les chefs pour la possession de l’Ibamba. — Terreur panique à Mokenga. — Remaniement de mes bagages. — Porteurs ishogos,
Pendant que nous nous dirigions vers Yengué, en traversant des parties de forêts qui servent de chemin de communication, nous débouchâmes tout à coup devant un groupe de cabanes d’une petitesse extraordinaire. Je les pris d’abord pour des maisons de fétiches et j'allais passer outre, quand je me rappelai que je devais rencontrer par là quelques villages d’une tribu de nains, disséminée dans les pays d’Ishogo et d’Ashango, et plus loin encore du côté de l'est.
J'avais entendu parler de cette race de nègres pendant mon premier voyage chez les Apingis. On leur donnait là le nom d’Ashoungas; mais on les appelle ici des Abongos. D’après les descriptions vagues et exagérées que l’on m'en avait faites, je doutais fort de l'existence de cette tribu naine, et je n'avais pas trouvé que ces bruits valussent la peine d’être mentionnés dans ma première relation.
Mais ce que j'aperçus en cette circonstance m'inspira autant de curiosité que d'intérêt; car c'était réellement un village de nains. J'y courus dans l'espoir de rencontrer au moins quelques habitants; mais ils s'étaient enfuis à notre approche, et se cachaient dans les jungles voisines. Les cabanes étaient très-basses, de forme ovale,
comme des tentes de bohémiens. La partie la plus élevée, au-dessus de l'entrée, avait quatre pieds de haut; la plus grande largeur était aussi de quatre pieds. De chaque côté on voyait trois ou quatre petits morceaux de bois, propres à servir de couchette à un couple de Lilliputiens. Les cabanes étaient construites avec des branches d’arbres flexibles, courbées en berceaux, et fixées en terre à chaque bout, les plus longues au milieu, et les autres se raccourcissant par degrés, le tout recouvert de grandes feuilles. Partout où j'entrai, je vis les restes d’un feu allumé par terre au milieu de la cabane.
Ce fut pour moi un vif désappointement que cette occasion perdue de voir de près une population si curieuse. Nous battimes les environs Jusqu'à une assez grande distance, mais nous ne trouvàmes aucune trace de nos petits fuyards. Quelques jours plus tard, je fus plus heureux à Niembouai, ainsi qu'on le verra bientôt.
Comme à l'ordinaire, nous ne trouvàmes pas de roi dans le village d'Yengué. Mais un des anciens de ce village eut mille attenions pour moi. Aussi le fis-je venir presque aussitôt dans ma cabane pour lui dire, par l'organe de Kombila, que mon intention n’était pas de nuire aux habitants, mais, au contraire, de leur faire du bien. Je lui mis ensuite sur la tête un chapeau rouge bien éclatant et autour du cou un collier de perles magnifiques. Quand il sortit de chez moi ainsi paré, 1l fut accueilli par des acclamations assourdissantes. Je distribuai aussi quelques perles parmi les femmes. Mes Aponos en firent autant, et dès le soir la glace était rompue; le peuple me traitait de la manière la plus amicale. Kombila ayant dit aux femmes que j'étais très-friand de canne à sucre et de pistaches, elles m'apportèrent de ces sortes d'aliments et les déposèrent à mes pieds, En retour, je leur donnai des perles, et nous causàmes ensemble, autant qu'il nous était possible d’avoir une conversation suivie.
14 Juin. — Le personnage que je suppose être le-chef de Yengué arriva cette après-midi, Il s'était enfui de frayeur à mon approche et n'avait repris courage qu'en entendant dire que je n'étais pas aussi terrible qu'il se l'était figuré. La nouvelle du cadeau que j'avais fait au vieillard était parvenue à ses oreilles, car la première chose qu'il me demanda, ce fut si j'avais aussi un beau chapeau rouge à lui