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CHAPITRE XVI

LA TERRE D'ASHANGO

Ciel nuageux de l’Ashango. — Grand palabre.— Renvoi des porteurs ishogos. — L’idole du village. — Cérémonies religieuses dans un village d’Obongos. — Demeures et habitudes de la race naine. — Mesure de la taille des Obongos. — La rivière Ouano. — Singulier bac. — Le mont Mogiama; son élévation. — Village de Mongon; sa latitude, sa longitude, et sa hauteur au-dessus du -niveau de la mer. — Village de Niembouai-Olomba ; sa situation pittoresque. — Invasion des fourmis Bashikouais. — Ascension du mont Birogou-Bouanga ; son élévation. — Nouveaux embarras. — Vol commis par mes porteurs ashangos. — — Mesures énergiques. — Je me remets en route. — Arrivée à Mobana. — Départ d'une fiancée, — Arrivée à Mouaou-Kombou.

29 Juin. — Le ciel, sur ces hauteurs, est constamment nuageux ou brumeux. Le soleil s’est à peine montré hier pendant quelques minutes, et, la nuit venue, la lune n’est pas restée assez longtemps visible pour me permettre de faire des observations. Il en est de même aujourd'hui, à ma grande contrariété, car je comptais prendre des distances lunaires.

Un grand palabre vient d’avoir lieu aujourd'hui. Les anciens de Niembouai étaient tous rassemblés, assis par terre en demi-cercle et fumant, avec une imperturbable gravité, des pipes longues de trois pieds. Le grand nombre de vieillards que j'ai vus là était un fait remarquable. Cette longévité témoigne à la fois de la salubrité du climat, de l’absence de guerre, et de la rareté des supplices pour crime de sorcellerie. Le peuple de ce pays, comme les Ishogos en général, semble avoir bien plus de respect pour la vieillesse que les autres tribus nègres.

Il fallut que Maduta et Mokounga entrassent dans de longues

explications pour faire entendre à ces hommes vénérables que je

n'étais pas venu chez eux dans le but d'acheter des esclaves et de l'ivoire, mais seulement pour visiter les tribus africaines les unes après les autres. [leur fallut aussi, comme à l'ordinaire, énumérer toutes les étapes de mon voyage et décliner les noms de tous les chefs qui m'avaient successivement prêté leur appui. Maduta est allié par mariage à quelques familles de Niembouai : circonstance favorable à ma bienvenue. Il insista particulièrement sur les invitations qui m'avaient été faites en route de m'arrêter dans divers villages, offres que j'avais toujours refusées, afin de réserver mes cadeaux pour les bons habitants de Niembouai. Cette annonce fut accueillie avec enthousiasme, avec cris répétés de — « Novano ! Novano !» Ces bons habitants devaient de leur côté, pour reconnaître ma préférence, surpasser les autres villages en générosité, par l'abondance des vivres qu’ils auraient à me fournir. Maduta termina cette harangue filandreuse, qui n’avait pas duré moins d’une heure, en déclarant que les Ishogos avaient accompli leur tâche; ils m’avaient amené sain et sauf dans l’Ashango; c'était maintenant un devoir ou un point d'honneur pour le peuple de Niembouai de me faire pénétrer plus avant dans l’intérieur.

Les Ashangos crièrent tout d’une voix : — « Oui, notre honneur le commande; nous conduirons l’Oguizi! » puis ils entamèrent à leur tour d’interminables discours; enfin le palabre fut dissous à la satisfaction générale, après trois heures de séance.

En sortant de là, je remis à mes porteurs ishogos le complément de leur solde et je leur distribuai des présents d’adieux. Je leur donnai en outre une chèvre pour manger en route; après quoi, ils partirent pour retourner chez eux, non sans m'avoir comblé de bénédictions. Rien ne cause plus de plaisir à ces gens-là que les présents d’adieux. par la raison qu'ils ne s’y attendent pas.

Je suis allé ce soir voir l’idole du village, ou Mbuiti (en d’autres termes, la sainte patronne du pays), et je fus témoin d'une grande cérémonie qui se passa dans sa demeure sacrée. Comme chez les Aviias et les autres tribus, l’idole est une monstrueuse et indécente figure de bois, du sexe féminin. J’ai remarqué que plus nous avancions dans l'intérieur du pays, plus ces figures étaient grossièrement travaillées. L'idole, dressée au fond d’une cabane étroite et basse. de quarante à cinquante pieds de long sur dix de large, était bariolée

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