‹ L'âge d'aimer, comédie en quatre actesChapitre 100 sur 143 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

tu as de bonnes raisons pour cela... mais en arriver à me reprocher mes sourires d'autrefois... laisse-moi rire! J'ai souri? et mes sourires te disaient clairement que tu avais été indignement trompée ! C'est exquis ! vraiment, tu me fais regretter de ne pas t'avoir parlé franchemenl.

GEMEVIÈVE

C'eût été moins cruel.

ISABELLE

Mais je ne t'ai rien dit.

GENEVIÈVE

Certes, iu ne me disais rien de précis, mais...

ISABELLE

Alî ! Tu en conviens I...

GENEVIÈVE

Oui, mais lu jonglais avec les mots, les lan- <;ant, les rattrapant. Si bien que mon cerveau allait, allait, et que je m'imaginais déjà, que tout était fini pour moi.

ISABELLE

Eh bien ! ma chère amie, je n'en entendrai pas davantage.

GENEVIÈVE

Je te demande pardon. Ce feu couvait depuis longtemps, tu en as secoué les cendres, tu m'écouteras jusqu'au bout. Tu m'écouteras parce que

174 i;a(;e haimeh

cette explication est devenue nécessaire, lu m'écouteras parce que je le veux et que je veux aussi que tu fasses ton profit de ce que je vais te dire... J'aime Maurice depuis deux ans, je Taime immensément, de toute mon Ame! Quoi que tu penser, quoi que tu fasses, quoi que tu me dises, je ne m'en détacherai jamais. 11 ma trompée? la belle affaire! Je suis née pour soulfrir et mon amour pour lui est assez profond pour que j'aie la force de souffrir encore'' II m'a trompée? Mais je le savais avant toi, avec cette dilïérence que j'ai eu, moi, le courage de me taire alors que loi, tu as eu le courage de me prévenir...

ISAHELI.E

Moi?

GENEVIÈVE

. . . Dès ta première visite. Je n'ai ni ta beauté, ni ta jeunesse pour me défendre, certes ! l'^n revanche, j'ai quelque chose qui te fait complètement défaut, et ce quelque chose s'appelle : la bonté. Donc, rassure-toi, j'ai beau avoir quarante ans passés — tu t'es d'ailleurs empressée de le lui dire jadis, alors qu'il ne te le deiii.indiiil pas...

i.sai;i;li.i:

Moi?

GENEVIÈVE

Oui, oui, loi... Je saurai le relenir piés de moi ! Car il m'aime malgré lout, j'en suis sûre. A force d'affection et de tendresses, il a su rajeunir

Page 1