‹ L'age d'orChapitre 12 sur 48 · TES YEUX · texte numérisé non relu

TES YEUX

Tes yeux sont à l'abri sous les rideaux. Repose

Dans ce grand lit où mes ancêtres ont dormi,

Un siècle. Ils dorment maintenant parmi les roses

Du cimetière doux comme un rire d'ami.

Dors dans la chambre fraîche, heureuse et matinale

Où si souvent j'ai vu, durant de chauds matins,

Le beau soleil jouer sur la tenture pâle

Et les arbres bercés au-dessus des jardins.

Les meubles anciens ont de doux parfums d'ambre.

Que de fois j'ai rêvé dans cette vieille chambre !

Les guêpes bourdonnaient sur les papiers à fleurs.

Les roses de l'été répandaient leurs odeurs.

J'y ai connu les jours de maladie amère,

Mais aussi la main caressante de ma Mère,

82 L*AGE D'on

Lesang'elus lointains, les toits fumants et bleus. Temps clair ; c'était septembre aux heures rayonnantes. Tu ne sauras jamais tous mes rêves heureux.

Les raisins étaient frais à mes lèvres brûlantes.

LES FAUCHEURS

LES FAUCHEURS

Eté! Dans la fraîcheur limpide de Taurore, Balançant sur le ciel leurs grands corps et leurs poings, Emportés par Téclair de la faux dans les foins, Marchent les noirs faucheurs que la lumière dore.

Les toits fument au fond de la prairie on fleurs. Pour mang^er la moisson qui sera bientôt mûre. Les pigeons, froissant Tair de leur nerveux murmure, Passent sur les chapeaux rustiques des faucheurs.

86 l'âge D'aa

Parfois lun d'eux s'arrête et, saisissant la pierre, Toujours humide au fond de la g-aîne de bois, D'un i^este solennel promène plusieurs fois Sa main sur l'acier renversé dans la lumière.

Gomme la terre est belle au chaud matin de juin, Quand le soleil fait resplendir les métairies Et quand, partout, on voit, courbés sur les prairies. Les tenaces faucheurs qui font tomber le foin.

Leur chemise brillant dans la clarté superbe S'ouvre à demi, montrant leur grand torse en sueur. Et leurs bras font toujours voler dans la chaleur L'acier qui siffle en pénétrant au fond de l'herbe.

LES FAUCHEURS 87

Dans la lumière aux larg'es flots étincelants, Leur front dans l'ombre des chapeaux aux grandes ailes, Les femmes ont porté, dans leurs bras, devant elles Les soupières à fleur sous de beaux linges blancs.

Les travailleurs mangent la soupe sous un chêne. Ils sont silencieux et graves, ayant faim.

Belle de la fraîcheur des eaux de la fontaine. Une enfant va chercher une cruche de vin.

Les chiens couchés ouvrent leur gueule haletante. Les cuillères de fer se plantent dans le pain ; Et la cruche de vin passe de main en main, Et chacun rit à la boisson réjouissante.

Pais chaque travailleur s*adonne au lourd sommeil. C'est rheure où Tangelus sonne dans les villages, Où les arbres lassés abaissent leurs feuillages. Où les blancs colombiers brûlent dans le soleil.

Quand la siesle est finie,avec les grands râteaux, Les femmes, dispersant les herbes sur la terre, Les exposent au grand éclat de la lumière.

Devant elles, toujours, marchent les larg-es faux.

Le crépuscule, au loin, a recouvert la terre. L'odeur du foin g-randit à l'approche des nuits; Les faucheurs sont perdus dans l'ombre et c'est le bruit De la faux dans les champs recouverts de mystère.

Les grands chars sont en marche ; un homme à reculon Guide Jes bœufs rentrant aux confuses lumières. Sur les chemins où se soulève la poussière.

Dans le foin, sur le ciel, rit un bel enfant blond.

LES FAUCHEURS

Les roses et les foins embaument dans les ombres. Comme la nuit est belle après la fenaison !

Déjà la lampe a lui sur le seuil des maisons Dans le village obscur aux toits roses et sombres.

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