LE SOMMEIL DANS LA VIGNE IO
Qui tombe sur le sol durci, puis le silence Inviolé s'étend sur la campagne ardente.
Les raisins pendent sur ma tête ; et je m'endors Seul être humain perdu dans la campagne d'or, Non pourtant sans avoir, pour apaiser ma fièvre, Fait glisser une pierre fraîche entre mes lèvres.
L'ombre est droite longtemps et Tardeur du ciel bleu Ravage les sillons de ses torrents de feu.
C'est là que j'ai donné mon corps triste et malade Et si défait que mon âme même était lasse D'espérer, au baiser éternel du soleil.
J'ai mis mon corps à nu sur le terrain vermeil . Je me suis enfoncé dans la terre brûlante.
Je la baisais furieusement comme une amante Belle et douce, et comme on ferait sentant la mort Venir, avec des baisers amers où l'on mord Cette gorge et ces chairs que l'on a tant aimées. Mais la vie animait encor ma chair pâmée Et, force obscure et surprenante, dans mon sangj Je sentais rejaillir un espoir tout puissant. Mes yeux se remplissaient des délices du monde.
io8 l'âge d*or
Là-bas tout mon enclos était brillant de rosçs, Et je voyais les murs, sous le ciel, éclatants, Chargés de beaux raisins et de fruits mûrissants .
A dormir si longtemps dans les sillons des vignes,
A respirer l'air enflammé de ces collines.
Tout le rythme des champs a fait battre mon cœur.
Et je me suis senti fort comme un laboureur .
Pour un convalescent, comme est belle la vie !
Mes poings sont durs, je peux, s'il m'en prenait Tenvie,
Les armer de cailloux pour chasser les oiseaux.
Je veux les employer à planter des poteaux,
A grands coups de maillet, dans la terre divine,
Et je veux m'en servir pour bêcher la colline,
Pour faire œuvre de paix, pour retourner la chair
De la terre, de Taube humide où le ciel clair
Sent fondre en lui la lumière tendre des astres
Jusqu'à la nuit où ils brillent sur les campagnes.
Mes bras forts apprendront un jour à labourer
Les chaumes argileux sur le coteau sacré.
Mes jarrets sont puissants et je veux, en septembre,
Danser sur les raisins rouges et couleur d'ambre
LE SOMMEIL DANS LA VIGNE lOQ
Et broyer, sous mes pieds, la pressant tour à tour, Une vendange mûre et chaude des beaux jours Qui, tombant du pressoir dans la cuve odorante. Va faire une liqueur qui deviendra bruyante .
Voici le soir, j*entends les appels de mes sœurs. Mes membres assouplis sont baignés de sueurs ; Je me lève, je prends les raisins de la vigne ; Leur suc voluptueux se fond dans ma poitrine. Le jus des fruits mûris et remplis de soleil Va pénétrer ma chair jusqu'aux pores vermeils. Les grappes ont rougi mes doigts ; une tempête De soleil et de cris s*élève dans ma tête.
Mes regards enivrés s'emplissent du couchant, Et, marchant dans le soir, par les vignes de sang. J'arrive sur le seuil où m'accueille ma Mère Dans les derniers rayons d'une pure lumière.
LES MOrsTAGNES