ODE AUX MONTA&NES
ODE AUX MOiNTAGNES
O Monts, vous rayonnez au fond des vastes plaines
Avec vos pics d'azur où scintille un g-lacier
Et le faucheur passant sa pierre sur 1 acier
Vous contemple, un moment, devant ses grang-es pleines.
Je vous revois, ô Pics, pleins de sérënité.
Dans les herbes des champs, à pleins bords, les rivières Roulent des eaux étincelantes de lumières.
Sous les arbres en fleurs aux premiers mois d*été.
Dans les blés ag-ités par le vent, les villages
Ont de beaux toits luisants. Les champs sont pleins d*odeurs.
Dans les cilles de bois montent les lys en fleurs,
Le soleil sèche Teau dans les jeunes feuillages.
Au-dessus des épis, avec ses longs rameaux,
La vigne se balance au souffle de Tespace
Et promène sur l'horizon d'or et de glace
Ses ceps en fleurs pendus aux branches des ormeaux.
Au delà des près chauds, sous la torpeur des arbres, Dans les vannes de bois chante le bruit des eaux. Les beaux enfants pieds nus courent dans les ruisseaux, Voici dans le soleil luire les pics de marbres.
Refaites-moi plus fort. Voyez, je suis venu Brisé par les cites vers vos sites sublimes Et que je sois purifié par Tair des cimes.
Puisque j'arrive à vous comme un fils faible et nu.
LES MONTAGNES I I 7
Dans la maison sous le feuillage ensevelie, Dans les murs de granit aux pieds ornés de lys, Je veux me délivrer dans un puissant oubli De tout ce qui m'oppresse et de ce qui me lie.
Devant les horizons, devant Timmensité, La maison est debout sur les larges terrasses. Il faut que ma douleur et que mes maux s effacent Et que je sois plus grand de ma sérénité .
Mes hôtes m'ont conduit dans les chambres immenses Où les meubles anciens exhalent des parfums.
Ici planent les souvenirs de leurs défunts, Et le bruit du torrent monte dans le silence.
Il8 L*AOB D*OR
Dans le jardin voici la table de granit Où je travaillerai dans un profond mystère, En écoutant tomber les pommes sur la terre Et chanter la fontaine au murmure infini.
— « Voici les lys, voici les sorbiers et les roses . » Ils m'ont dit : « Voulez-vous être un peu notre enfant? Vous verrez en marchant dans les bois odorants Gomme l'air des sommets fait des métamorphoses. »
C'était le soir et la montagne s'endormait.
— « Avec vous, je boirai le lait crémeux des chèvres, Mais les mots consolants qui tombent de vos lèvres Sont un baume aussi pur que l'air de vos sommets. »
LES MONTAGNES I I Q
Dans Tombre des pommiers aux fruits courbant les branches Qui viennent jusqu'au sol où je suis étendu, Dans les herbes des prés où mon corps est perdu, Je vois luire les murs scintillants de chaux blanche.
Je vois au cœur de l'ombre, en un trou de soleil, Jaillir l'eau de la source aux belles transparences. J'entends dans le matin et dans le pur silence Sa rumeur monotone invitant au sommeil.
Mes yeux se sont fermés et je sens mes artères Battre plus puissamment dans l'air frais des sommets. Un bruit immense et doux monte des foins épais, Je me sens pénétré des forces de la terre.
Parfois des chants au loin s'élèvent du ravin. Sans doute les faucheurs qui moissonnent les seigles. Puis la voix du torrent, puis le chant des abeilles Qui volent sous les arbres bleus dans le matin.
On aiguise une faux un moment dans la combe.
Les chars pesants doivent rentrer sur le chemin ; Les fruits dorés, sous la secousse d'une main, Croulent avec le bruit de la grêle qui tombe.
Gomme le monde est beau quand j'entr 'ouvre les yeux! Autour des pommiers noirs Tombre s'est raccourcie Li-bas, par les prés clairs et par une éclaircie Je vois les grands sommets qui montent vers les cieux.
LES MONTAGNES
Dans le jardin muet Tombre est silencieuse.
Quand la nuit est venue et règne sur les monts, Je vais seul, à l'écart, sous les arbres profonds, Pour remplir de beauté mon âme religieuse.
Par les réseaux épais des branches des pommiers, Je vois les astres luire au ciel immense et tendre. Autour de moi, les lys embaument le silence.
Les poires, par instant, tombent dans les fruitiers.
La rumeur du torrent monte dans la vallée.
Recueillement des nuits. Plus rien n'arrête alors Notre âme qui s'épanouit sans un effort Sous la sombre bçauté de la nuit étoilée.
L AGE D on
Maintenant les volets claquent sur la maison. Je suis seul au jardin où m'ont laissé mes hôtes. Je sens mon cœur meilleur et mon âme plus haute Et cette nuit sublime entretient ma raison.
Combien de fois, notre âme est-elle face à face, Combien de fois Tesprit sur lui-même arrêté, Peut-il se redresser et voir la vérité Si ce n'est dans ces nuits de silence et de grâce?
Je sens autour de moi les monts pleins de grandeur,
g'iaciers endormis, torrent et sapinière,
Et je passe la nuit sur la table de pierre,
Dans la contemplation qui fait Thomme meilleur.
LES MONTAGNES 123
Quand les pics de granit sont rougis par l'aurore, Tandis que les brouillards flottent sur les ravins, Mon cœur libre battant d'un grand orgueil humain. Je frappe le sol dur de mon bâton sonore.
Je regarde mourir les astres lentement.
C'est rheiire où les troupeaux vont à la voix des pâtres Et sortent en bêlant des parcs de bois bleuâtres. Les pics diamantés ont des rayonnements.
Les sarrasins, dans le granit qui les protège, Les seigles et les blés penchent sur le chemin. Récoltes que l'on cueille à l'automne ; au lointain, S'ouvrent les gor/ofes bleues aux couronnes de neige.
Je vois luire, là-bas, de beaux villages blancs Dans la vallée obscure où le torrent serpente, Mais de brusques lueurs roulent de pente en pente Par les prés et les bois et les rocs scintillants.
Les troupeaux de brebis restent auprès des sources. Dans leurs capes, les grands bergers noirs et vermeils Regardent, sur les monts, se lever le soleil Et chantent lentement d'une voix grave et douce.
Ils soufflent longuement dans leur corne et Técho Gomme un tonnerre retentit de cime en cime, Puis la rumeur s'éteint et meurt dans un abîme Et l'air vierge retourne à son léger repos.
LES MONTAGNES IsS
J'ai gravi le sommet^ Tâme ardente et sereine. Comme le jourtorride et brûlant de Tété, Pour voir les pays bleus, pour voir l'immensité Et les fleuves brillant dans la vapeur des plaines.
Lacs miroitants, pics lumineux, lointains sommets. Plateaux roses et bleus, monts fleuris de bruyères. Bois sombres sous des flots aveuglants de lumières. Vous êtes la splendeur de mon âme à jamais !
Tout mon cœur est rempli de vos beautés sublimes. Mes yeux vont sur la mer sans fin de l'horizon. Et, porté par l'éclair de la contemplation.
Mon esprit maintenant plane sur les abîmes.
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Glaciers, pics désolés, sites d'éternité,
Champs immenses où Tâme est plus grave et plus pure,
Sommets silencieux, éternelle nature,
Vous montez devant moi comme la vérité.
Les eaux dorment au pied des crôtes magnifiques. Un esprit éternel habite ces hauts lieux.
S'il me fallait mourir je rendrais grâce aux Dieux Et ce seul souvenir rendrait mon cœur lyrique.
Monts dressés sur l'azur et jusqu'à l'infini Maintenant que la vie et le destin m'assiègent. Je serai comme vous, sommets brillants de neige, J'aurai la volonté de vos pics de granit.