LA SAPINIÈRE
LA SAPIiNIERE
Pour remplir mes poumons de ta force, ô Nature, Tandis que le levant éclairait les sommets Et qu'auprès du torrent le village dormait, J ai gravi le sentier sous la forêt obscure.
Les bois silencieux rêvaient dans le matin.
L'eau ruisselait des branches frêles des fougères . Les hêtres s'éclairaient dans les brumes légères. Soudain un chant d'oiseau montait dans le ravin.
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Parfois les grands rameaux s'abaissant jusqu'à terre, J'entrais dans les buissons, heureux de déchirer Ma poitrine et mes bras au milieu du fourré Et de voir luire une eau courante et solitaire.
Sous les arbres puissants, dans le jour sombre et frais, Où la source naissait, glacée et cristalline, Les fraises embaumaient, de leur odeur divine, Le carré de pelouse enclos dans la forêt.
Les hêtres déployaient leur grand feuillage sombre Sur les fûts délicats et massifs des troncs blancs. Descendant du ciel bleu, des lumières d'argent Filtraient de branche en branche et scintillaient dans 1 ombre.
Gomme un temple profond où de calmes piliers S'élèvent, droits et beaux, dans un sombre mystère, Les immenses sapins surgissaient de la terre. Tous mes désirs humains me semblaient oubliés.
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Là rég-nait sous la voûte fp,aîche des ramures. Où ne filtrait pas même un rayon de l'été, Un silence absolu rempli d'éternité.
Dans toi, je me perdrais, ô féconde nature.
Dans l'air léger flottaient de souverains arômes
Qui faisaient respirer mes poumons librement
Et je sentais en moi g-randir éperdument
L'orgueil de marcher seul, dans les monts, loin des hommes
Ici n'arrivait plus la rumeur du torrent.
Parfois, dans les bas-fonds, par des trous de nuages Je voyais scintiller les murs blancs des villages De plus en plus petits avec Téloignement.
Face à face, éperdu devant les monts sublimes, Au-dessus des ravins sans torrents et sans voix Où; de tous les côtés, descendaient les grands bois. L'ivresse me tenait debout sur les abîmes.
LES MONTAGNARDS