‹ L'age d'orChapitre 3 sur 48 · LA PROMENADE · texte numérisé non relu

LA PROMENADE

Fleuve natal, Garonne au nom large et sonore, C'est sur tes bords que nos esprits se sont formés. Lorsque, le soir, à Fheure où la ville se dore. Nous allions pour rêver dans les champs parfumés.

C'étaient alors des jours limpides de jeunesse ; Nos esprits étaient frais comme Teau du courant ; Et, sous les saules vaporeux, remplis d'ivresse. Nous récitions nos vers dans le soleil couchant.

Nous dînions, dans les soirs d*été, sous les tonnelles Où he soleil joj'lissait sur les verres brillants. Nos jeunes coeurs liés d*amitiés fraternelles Communiaient auprès des rosiers odorants.

Nous voyions, à nos pieds, sur les plag-es de sable — Accoudés sur la table au ling-e. lumineux — Fuir la Garonne avec son chant impérissable Dans la vapeur lég'ère, entre les ramiers bleus.

La servante portait des bouteilles d'eau fraîche, Le pain tendre et le vin dans les carafes d*or. Les chasselas luisants et les coupes de poches Que le soleil mourant enveloppait encor.

Déjà la nuit venait sous les sombres feuillages. Les lueurs des longs soirs restaient à l'horizon. Parfois tintaient les fins grelots des attelages, Des artisans chantaient une ancienne chanson.

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Sur la table, nos verres pleins brillaient à peine. Nous les entrechoquions d'un geste fraternel, Puis nous restions pensifs devant la vaste plaine Et les astres brillaient aux profondeurs du ciel.

Qu'ils étaient beaux ces longs retours dans la nuit noire! Nos poèmes troublaient le faubourg endormi Et les amis gardaient longtemps dans la mémoire Les échos éveillés par les vers d'un ami.

Les vieux hôtels rêvaient au fond des rues éteintes. Chacun sentait son cœur aux autres plus lié Après les derniers chants et la dernière étrei nte Et ce frisson des mains où passe Tamitié.

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La table était dressée et luisait dans la nuit. La servante portait des assiettes de fruits Et ma mère arrivait enfin avec la lampe Dont la clarté baignait la nappe rayonnante Où les carafes se couvraient de gouttes d'eau. Ses belles mains de veuve à l'éternel anneau Rompaient le pain. Nos sœurs dans Tombre étaient muettes Nos cœurs émus battaient dans la nuit solennelle. Toujours, êtres chéris, vos visages dorés Vivront dans ma mémoire à ces instants sacrés Où vos yeux transparents se tournaient vers la lampe. Vos cheveux délicats s'éclairaient sur vos tempes. Nous mangions lentement. La douceur de vos mots Montait dans la nuit bleue où flottaient les rameaux. Les beaux fruits du verger et le vin de la vigne Etaient plus doux offerts par votre main divine.

3o l'âge d'or

La campagne dormait. Les nocturnes tilleuls Parfumaient le jardin de Tarome des fleurs.

T^ fontaine coulait auprès de la prairie ; La nuit paisible enveloppait la métairie ; Dans la limpidité de Tair, nous écoutions Eclater le chant éperdu des rossignols.

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