‹ L'âge de Dieu (annus Dei)Chapitre 10 sur 93 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

un condamné à mort, quelquefois un simple mannequin, souvent aussi un dévot personnage, vêtu d'une tunique de pourpre ou de byssus, était brûlé publiquement.

Le trait qui détermine peut-être le mieux encore le caractère de drame divin que nous venons de reconnaître au calendrier, ce sont les fêtes toutes particulières des derniers jours du cycle. Le monde, dans l'opinion des peuples, devait finir au terme d'une de ces périodes ou, pour me servir du langage même des anciens, au terme d'une vie de dieu. Dieu et le monde vivant dans la nature, une vie de dieu et une vie du monde étaient chose identique. Dieu n'était pas seulement le Cosmocrator, il était le Cosmos lui-même^ tout à la fois natura naturans et natura naturala, comme se serait exprimé Spinosa. La préparation à la mort marquait donc la fin de tout cycle naturel ou symbolique : les fêtes des derniers jours étaient des fêtes funèbres, accompagnées de jeûnes, de sacrifices expiatoires, d'amendes honorables et de tous les actes religieux que l'on pouvait croire de nature à apaiser et rendre propices les divinités infer-

nales, auxquelles toute vie était fatalement dévolue. C'était le caractère qu'elles avaient surtout à Rome et, dans le nouveau monde, sur le plateau de l'Anahuac, oii aux terreurs de la fm du cycle succédaient les réjouissances du lendemain. Notre Avent et notre Carême, qui répondent, le premier aux Adonia de l'arrière-saison, et le second aux Adonia du printemps, sont un reste de ces usages, que rappellent encore l'allégresse de Noël et de Pâques et nos félicitations du jour de l'an.

Mon intention n'est pas de présenter le tableau des différentes sortes de cycles, dont il existe encore tant de lambeaux épars dans une foule de nos coutumes. Je bornerai mon étude à un des grands âges divins par excellence, la période sothiaque. J'y trouve, d'ailleurs, comme une illustration de la thèse génésique que je développe dans mon livre des Origines de la religion.

Page 1