CHAPITRE TREMIER
ture, était donc une vie divine : les anciens disaient annus Dei^ en prenant Vannée dans le sens dont annulus est le diminutif lexique et qui pouvait avoir, comme le Temps et tout l'Orbe vivant du monde, son symbole dans le serpent replié en cercle sur lui-même et se mordant la queue. Le terme de cette période était aussi, par conséquent , un terme de vie , une mort de dieu et du monde lui-même. Aussi l'approche en était-elle très redoutée. Les peuples qui ont eu des calendriers nationaux les avaient composés d'éléments religieux : le calendrier était un drame divin, mélange de données astronomiques et autres, dans lequel entraient jusqu'à des symboles chthoniens plus ou moins transfigurés. Un des. exemples les plus curieux de cette dramaturgie, c'est peut-être le mythe d'Hercule. Quelle que soit l'étymologie de ce nom, sur laquelle on est loin d'être d'accord parmi les savants. Hercule a été, à l'origine, dans notre race aryenne, un combattant et vainqueur céleste, le Ciel ou le Soleil en lutte avec les nuages noirs personnifiés parles monstres qu'il terrassa (1). Puis, au (1) Michel Bréal, Hercule et Cacus.
contact du doctrinarisme astronomique de l'Asie sémito-couschite, la donnée solaire du mythe prenant tout à fait le dessus, les monstres contre lesquels le héros a à lutter se transforment, ses travaux se catégorisent dans les signes du zodiaque ou les douze mois de l'année, ils deviennent les étapes d'un mouvement cyclique, et les traits originels de la physionomie d'Hercule finissent par s'effacer sous ceuxduCosmocrator. Au terme de ses combats, quandlamort va le prendre pour l'éterniser dans l'ensemble divin et l'y élever au rang suprême de dieu, le héros messianique n'a plus que ce dernier caractère. Le bûcher du mont OEta, sur lequel il meurt dans les flammes, vêtu de la robe ensanglantée du centaure Nessus, ne diffère point, en effet, du bûcher qui consuma Sandan, l'Hercule assyro-lydien, non plus que de celui des scénopégies orientales. Ces scénopégies duraient cinq jours, représentant sans aucun doute les cinq jours épagomènes d'une fin de période, et c'était le soir même de celui qui terminait la fête, au moment oii le dernier soleil du cycle disparaissait au couchant dans les A^apeurs rosées du crépuscule, que le roi des Sakées,