CHAPITRE TROISIÈME. 2Î
Sothi et Sothis était doDC un nom de dieu, quelque signification que, sous le rapport lexique, il puisse avoir d'ailleurs (1): à cet égard nous ne pensons pas qu'un doute sérieux soit possible. Mais quel était ce dieu? Nous croyons que c'était le dieu Seth, celui-là même que les Grecs appelaient Typhon (2). Vettius Valens (3) dit que, en Ég-ypte, Seth était le nom de la Canicule, et d'autre part nous trouvons le même nom écrit tantôt Seth et tantôt Seti et Suti. Sous le rapport phonétique, il y a donc identité entre Sothis et Seth. Cette identité- ne nous paraît pas moins certaine sous les autres rapports.
Avant de devenir le principe du mal, le Typhon que nous ont fait connaître les Grecs et que les textes hiéroglyphiques montrent en opposition avec Osiris, Seth avait été, sur les bords du Nil, un dieu bon, lui aussi, le dieu même par excellence. Comme on l'y trouve en possession d'un empire incontesté dès les plus anciennes
(1) L'étymologie précitée de Plutarque, comme les étymologies des anciens en général, n'a pas de valeur philologique.
(2) T)e h et Os^■^., 49. — S. Épiphane, AcZA^res., HT, p. 1093.
(3) Marsham, Chron. can. Bibl. VIII. — Bainbridges, Canicularia et Fabricius, Bibl. Grec, vol. JV, p. 141.
dynasties, on doit en conclure qu'il date des commencements de l'Ég-ypte (1). II est venu du nord-est avec le rameau couschite ou proto-sémite qui se détacha le premier de la grande souche dite de Gousch. Mais^ quoiqu'on le retrouve avec tous les caractères d'un dieu de race parmi les Sémites proprement dits et qu'il paraisse avoir été le préféré des pasteurs qui envahirent la terre des Pharaons, il se lie si intimement à l'histoire de ce pays, qu'il n'est pas possible de voir en lui une importation d'ailleurs. C'est bien un produit de race pure, qui s'est développé avec les institutions nationales. Lorsque nous aurons démontré que la période sothiaque lui doit son nom, l'évidence sera faite à cet égard; ce cycle est trop foncièrement égyptien, en effet, pour que l'on puisse raisonnablement supposer à sa base une dénomination étrangère.
Des premiers chapitres de la Genèse hébraïque il ressort que Seth, comme dieu suprême, date
(1) Les signes représentant les deux articulations ST, accompagnés de celui de la pierre taillée, symbole du dieu Seth, se rencontrent sur l'autel de Turin, qui date de la sixième dynastie. Cf. W. Pleyte, La Religion des Pré-Israélites, p. 255 et pi. X, fig. 8.