CHAPITRE QUATRIÈME
Menophrës par Théon, nom qui, comme celui de tant d'autres rois de ce pays, pourrait bien n'être qu'un qualificatif. Il signifie « serviteur du Soleil » , ce qui convient parfaitement à un Pharaon et de préférence à celui auquel se rattache le début d'une période solaire, d'une ère peutêtre. Lepsius, Bunsen et d'autres savants ont cru pouvoir, néanmoins, corriger Théon, et au lieu de Ménophrès, ils veulent lire Menophthès. D'après eux, ce Menophthès serait le même que Menephtha II, le fils du grand Rhamsès ou Sesostris. Mais comme Ménophrès, ainsi que nous venons de le dire, est un nom très régulièrement égyptien, la correction proposée ne saurait être admise sans preuve. D'ailleurs, on trouve écrit Msvocpp-/iç en même temps que Msvw(pp-/iç, avec l'accent sur la pénultième, ce qui nous autorise à conclure que la correction MevécpO-ziç est contraire aux lois ordinaires de la mutation des voyelles. Le passage de Théon (1), auquel il est fait allusion dans ce qui précède, a été reproduit, par Larcher d'après le manuscrit 2390 de la
(I) Théon, astronome d'Alexandrie, est du quatrième siècle de notre ère.
bibliothèque nationale. Il porte que « de Ménophrès à la fin d'Auguste il s'est écoulé 1,605 ans. » Par la fin d'Auguste, nous savons qu'il faut entendre la fin de l'ère d'Auguste (1), qui concorde avec le commencement de l'ère de Dioclétien en l'an 283 de Jésus-Christ. Si nous retranchons, par conséquent, 283 de 1605, qui est le chiffre de Théon, nous avons juste 1322, soit le commencement exact de la période sothiaque échue en l'an 139 de notre ère. Le fait énoncé par l'astronome alexandrin n'est donc pas douteux ; il y a bien eu en Egypte une ère de Ménophrès, comme il y a eu aussi une ère d'Auguste. Or, en appliquant à l'ère de ce Ménophrès le raisonnement que nous appliquerions à celle du dernier, nous pourrions être autorisé à inférer que du Pharaon en question date, au moins, une réforme du calendrier. Qu'aurait bien pu être cette réforme ? L'histoire ne permet de rien conclure. En supposant que la période, dans la forme que nous lui connaissons, eût eu
(i) Auguste ayant rendu fixe le 1" Thoth mobile en décrétant l'intercalation d'un jour tous les quatre ans, sa réforme fut pour l'Egypte ce qu'on appelait Yère d'Auguste.