CHAPITRE CINQUIÈME
que le symbole en question appartient au même cercle d'idées que le faucon d'Indra et le piciis feronius ou martius des Latins. Dans plusieurs endroits des Védas, Agni, le feu céleste, figure comme oiseau aux ailes d'or, et l'épithète de hhuranyu^ qui contient la double signification de porter et de rapidité et qui est donnée deux fois à Agni ainsi conçu (1), nous paraît expliquer en partie l'origine de cette image. Nous ne croyons pas, néanmoins, que l'image elle-même soit du pur aryanisme : il y a là, ce nous semble, quelque chose de plus particulier au culte du feu proprement dit et des astres qu'à celui du jour et des puissances de l'atmosphère, qui était la religion des Aryas. Ceux-ci nous paraissent l'avoir reçue du Sabéisme, peut-être à une époque oia les Bhrigus, une de leurs fractions , auraient élevé la notion du feu céleste au rôle de principe premier. Il est certain, du moins, q-ue le symbole de l'oiseau-lumière se retrouve parmi des races qui n'ont rien de commun avec les Indo-
(^1) Ad. Kuhn, Die Herabkunft des Feuers uncl des Gôttertranks, pp. 21 et suiv. — Cf. aussi ma brochure De l'Origine des dénominations ethniques dans la race anjane, p. 26.
Européens, et que ce symbole est même là plus naturellement à sa place que chez ces derniers. David Malo raconte , dans son Histoire Hawaïenne {ï), que Maniakalana, un roi de Hawaii, s'étant transporté dans le soleil, y chercha le feu et le trouva dans un oiseau à bec rouge du nom d'Alae. D'après Philon , cité par Eusèbe (2), Zoroastre enseignait que la divinité suprême, c'est-à-dire le principe de la lumière dans le Mazdéisme, avait la tête d'un aigle. L'aigle était l'enseigne militaire des Perses^ le drapeau de leur empire (3), ce qui implique un symbole divin. Nous savons que, pour la plupart des peuples de l'antiquité, le guidon du combat, porté en tête des troupes, était l'image du Dieu archigèto. yElien a, du reste, confondu, suivant une pratique fort commune chez les Grecs, les Perses avec les Assyriens, auxquels ils succédèrent. Il est certain, en effet, que le dieu des Assyriens était un aigle : les monuments en font foi, et la Bible le confirme. On lit au chapi-
(1) Ka Moolelo Hawaii, trad. Jules Reniy, p. 85 et
(2) Prœpa7\ evangel., I, 10.
(:^) Mien, De anim., XII, 21.