CHAPITRE SIXIEME
nés dont il fait cadeau à Rhéa, on ne peut voir là que l'image du prolongement d'une année originairement lunaire.
Le souvenir de cette substitution d'une année solaire incomplète ou demi-solaire à Tannée des douze lunaisons s'est, du reste, conservé ailleurs encore que dans la fable. Manéthon raconte que, sous le règne de Necherôphès ou Necherôchis, les Libyens, qui avaient fait défection, effrayés d'un agrandissement démesuré de la lune, re- \vinrent d'eux-mêmes à l'obéissance (1). Ici par yàgrandissement de la lune on ne saurait entendre que la substitution en question. 11 était tout naturel que la réforme, avec les idées religieuses qui s'attachaient au calendrier, considéré comme une sorte de drame divin, se présentât, pour pouvoir être acceptée sans soulever trop d'opposition, sous l'apparence d'un agrandissement de l'astre lui-même.
Lepsius a donné de la fable racontée par Plutarque un commentaire, dans lequel il laisse entendre que ce qu'il appelle la réduction de la lune indiquerait une année lunaire, originaire-
(1) Jules Africain dans le Syncelle, 56, et Eusèbe, 57.
ment de 300 jours, ramenée dans ses limites vraies. Cette interprétation ne nous paraît pas pouvoir être admise. Il n'y a pas, en effet, d'année lunaire proprement dite, ainsi que nous venons de le voir; il y a eu seulement, à l'origine, douze lunaisons, au terme desquelles les saisons ont paru d'abord se renouveler et le soleil revenir à un même point du ciel. Or, ces douze lunaisons n'ont pu produire 360 jours^ mais 355 tout au plus. Nous verrons ultérieurement que, en Egypte, il y a eu, en effet, une période de trente ans basée sur une année lunaire de 354 jours. En préposant à l'année solaire une année lunaire plus ancienne, Lepsius aurait donc pu conclure, comme nous le faisons, nous, de ce qui précède, que les additions successives faites à l'année devaient nécessairement passer pour des agrandissements de la lune.