CHAPITRE HUITIÈME. H
d'abord avec la dénomination d'Isis. Quand cette dénomination eut tout à fait refoulé celle de Thoth, d'ailleurs très vague^ flottant entre les deux genres et allant de Sirius, devenu femelle avec Isis, à la lune imaginée comme fécondateur mâle, il ne lui fut pas difficile de subordonner Thoth à son parèdre à elle, de même origine ethnique, Osiris. C'est ce qui explique comment il se fait que ce même Thoth, de la haute signification originelle duquel le calendrier est là pour rendre témoignage, n'a pourtant, dans le Panthéon égyptien, qu'une place de second ordre, place qu'il n'a même conservée qu'en abdiquant la souveraineté, plus sage en cela que Seth, dont il est resté comme la réfraction. Thoth est plutôt un révélateur de Dieu que dieu luimême, une sorte de Verbe. C'est lui qui a créé toutes les formes de la création : l'ordre dans le monde est son œuvre. Mais le dieu véritablement dieu, la substance divine, c'est un autre, et cet autre est ici Osiris, dont le caractère de dieu substitué ressort évidemment de cette singulière transformation de la donnée sothiaque. Osiris, comme Thoth, fut donc aussi un dieu
iW L'AGE DE DIEU.
Lunus, régulateur d'ordre cosmique, mais avec une physionomie demi-solaire bien marquée. Les ving-t-huit ans de règne ou de vie qu'on lui attribue répondraient, d'après Plutarque, aux vingt-huit jours que met la lune à opérer sa révolution (1). Son nom, en égyptien Hesiri, « l'œil ou la prunelle d'isis», le désigne comme l'œil delà nuit. Mais en même temps que, vis-àvis d'isis, il avait pris la place de Thoth et qu'il était une lune mâle, un principe de fécondation, suivant la remarque du dernier auteur cité, il avait aussi quelques traits solaires : tout ce qu'il y avait de bon et de propice dans le soleil était compris dans le système osirien, auquel appartenait Horus, comme fils d'Osiris et d'isis, le soleil blanc par opposition à Typhon, qui était le soleil rouge. Les Grecs, qui voyaient dans Thoth leur Hermès, avaient identifié Osiris avec leur Dionysos, ce qui prouve qu'ils reconnaissaient en lui un fécondateur à demi solaire. Nous n'insisterons pas davantage sur le caractère de ce dieu, caractère, d'ailleurs, très ondoyant et mobile, qui semble refléter la physionomie même de la terre
(1) De Is. et Osir., 42.