CHAPITRE NEUVIEME
phthys. Plutarque, interprétant le mythe que nous venons de raconter d'après lui, dit que par Nephthys les Égyptiens entendaient les parties extrêmes de la terre d'Ég-ypte, « celles qui sont voisines de la mer et qui en sont baignées, » et que pour cette raison on l'appelait « Teleutéenne » ou la « dernière » . Cette interprétation est contredite par l'histoire. Le poisson, en effet, qui fut, comme nous venons de le dire, l'emblème de cette divinité, était bien en honneur dans les nomes extrêmes de la terre d'Egypte, mais non pas du côté du nord et de la mer; c'était dans le midi, tout à fait à l'extrémité du pays, à Syène notamment, qu'on le vénérait surtout. Il ne nous paraît guère douteux, en conséquence, que la dénomination de «Téleutéenne » n'ait été appliquée originairement à Fomalhaut, du Poisson austral, qui était la dernière et la plus méridionale des grandes étoiles du Ciel égyptien. Nous savons d'ailleurs que cet astre avait été adoré en Asie sous les noms d'Oannès
(1) La constellation du Poisson austral, parfaitement visible en tout temps dans le sud de l'Egypte, s'élève très peu sur l'horizon de Paris.
et de Dagon, et en Egypte sous la forme d'un oxyrhinque et d'un phagre. Il devient par là possible d'expliquer d'une manière satisfaisante le reste du mythe. La couronne de mélilot. qui trahit l'adultère d'Osiris, pourrait bien figurer le rayonnement doré de Fomalhaut, par opposition à la couleur rougeâtre qu'avait alors et qu'a longtemps conservée, au témoignage des anciens, de Sénèque entre autres (1), l'étoile aujourd'hui si brillamment argentée de Sirius. Quant aux chiens qui conduisirent Isis dans ses recherches et lui firent retrouver son époux, ce ne sont sans doute, avec le dieu cynocéphale Anubis, rapprochés des autres circonstances du mythe, qu'une image de la constellation du Grand- Chien et de ses 66 étoiles. En laissant entendre que ce fut dans cette constellation qu'Isis retrouva Osiris, la tradition conservée, mais mal interprétée, par Plutarque nous semble assez clairement faire allusion au déplacement de l'étoile isiaque ou, comme se seraient exprimés les anciens, au dédoublement de cette étoile en Fo-
(I) « La Canicule (Sirius), dit cet auteur, est d'un rouge plus vif que Mars. » Questions naturelles, I, i.