‹ L'âge de Dieu (annus Dei)Chapitre 72 sur 93 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

malhaut et Sirius, Nephthys et Isis, les deux sœurs ennemies, l'une épouse de Typhon et l'autre d'Osiris. Après avoir rappelé, au chapitre VII de son livre, le respect des Ég-yptiens du centre et du sud, notamment de ceux de Latopolis et de Syène, pour le poisson, Plutarque raconte, au chapitre 72, que les Oxyrhinquites, ayant appris que ceux de Cynopolis mangeaient de l'oxyrhinque (1), prirent des chiens, les immolèrent et en mangèrent comme chair de victimes. « De là, ajoute cet auteur, résulta une guerre, dans laquelle les deux populations se firent l'une à l'autre beaucoup de mal; il fallut même, à la fin, que les Romains intervinssent énergiquementpour les mettre d'accord.» Cette guerre des dévots du poisson contre les dévots du chien, guerre que l'on voit fréquemment se reproduire un peu partout en Egypte entre adorateurs des dénominations rivales de divinités identiques au fond, est ici caractéristique. Elle confirme, croyons-nous, l'identité originelle des deux sœurs Nephthys et Isis, qui ne sont bien effectivement, comme nous l'avons dit, que - (1) On appelait ainsi une sorte d'esturgeon.

le dédoublement de la divinité ichthyomorphe An et Anké, et qui, ainsi dédoublées, se sont trouvées en opposition et en antagonisme, l'une dans la constellation du Poisson austral et l'autre dans celle du Grand-Chien.

Cette opposition, avant de prendre le caractère d'hostilité déclarée, avait été précédée d'un compromis. Une religion nouvelle ne supplante jamais brutalement celle qu'elle tend à remplacer : il y a toujours un peu de machiavélisme inconscient dans la façon dont elle procède. Ce n'est qu'au dernier acte, quand elle s'est approprié par une lente et habile assimilation les éléments de vie extérieure de sa devancière, qu'elle dresse la tête et prononce le fameux mot de la fin :

La maison m'appartient ; c'est à vous d'en sortir.

Le christianisme lui-même n'a pas agi autrement. S'il lui fallait rendre aux religions païennes et aux différents systèmes théologiques et philosophiques tous les emprunts de liturgie et de doctrine qu'il leur a faits, il ne lui resterait pas grand'chose de sa charpente. Avant de dis-

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