CHAPITRE NEUVIÈME
paraître et de s'effacer tout à fait devant les progrès envahissants de sa rivale, Fomalhaut lui demeura donc longtemps encore associée. L'obombration lunaire n'étant plus là pour la féconder, elle perdit peu à peu son privilège exclusif de mère divine ; le dieu Lune cessa en même temps d'être le père, et l'énergie mâle passa au Soleil. Tout cela, néanmoins, ne se fit qu'à la longue. Le lever du Poisson austral avec la pleine lune vernale ne signifiant plus rien, le commencement de l'année se déplaça insensiblement suivant une théorie idéale d'engendrement plus en rapport avec la réalité apparente : de l'équinoxe il passa au solstice. On avait remarqué que, ce jour-là, le lever du soir de Fomalhaut coïncidait avec le lever héliaque de Sirius, et l'on s'imagina sans doute que c'était le même astre qui réapparaissait sortant de la couche du Soleil : cum te consumptum putaveris^ orieris, ut hicifer (1).
{{) « D'après les plus anciennes conceptions, fondées sur des illusions qu'un esprit inculte partage avec l'enfant, dit M. Ferd. Hoefer (a), il ne devait y avoir aucune continuité entre le ciel de la nuit, où brillent les étoiles, et le ciel sur
(tt) Eist. de l'astronomie, p. 20.
La différence de latitude qui sépare les deux étoiles n'était pas un obstacle : dans une foule de sanctuaires de la mère divine, le déplacement était figuré par une mimique religieuse dans laquelle on croyait rappeler l'ascension ou assomption de l'épouse montant ou transportée périodiquement auprès de l'époux et venant ensuite reprendre-sa place accoutumée, après la fécondation. Le fécondateur perdu était donc retrouvé ; mais ce n'était plus la Lune, c'était le Soleil. Désormais l'astre du jour allait régner en maître dans cette terre d'Afrique, où jusquelà il avait été tenu plutôt pour une divinité malfaisante, ce qu'il est aujourd'hui encore pour la plupart des populations noires. Les immigrés couchites, conquérants venus de l'Asie, adorateurs du soleil-roi, qui, en associant à Osiris le côté dionysiaque (1) de leur dieu, avaient
lequel s'était répandue la clarté du jour. Celui qui osa le premier soutenir que pendant le jour le ciel est parsemé d'étoiles aussi bien que pendant la nuit, et que, si nous ne les y voyons pas le jour, c'est qu'elles sont éclipsées par la lumière du soleil, celui-là fut certainement un observateur plein de génie et de hardiesse. »
(1) Dionysos (Bacchus) était un soleil équinoxial, principe de chaleur humide.