CHAPITRE DIXIÈME
à l'idéalisation. L'expression : « C'est un Phénix » , employée en pareilles circonstances, est donc aussi vieille que l'histoire.
Quelques modernes ont prétendu que les Égyptiens faisaient la distinction du vrai et du faux phénix : au premier, d'après G. SeyfFarth (1), ils auraient donné le nom de benno et au second celui de koli. Les deux mots ont en effet existé dans la langue, mais ils ne désignaient pas deux choses distinctes ; c'étaient deux aspects d'un même objet. Benno répond aux mots coptes béni^ bînné et biné, dont les deux premiers veulent dire «palmier», ce que signifie précisément le grec «poivi; (phœnix) (2), et le second désignait une sorte de grue. Quant à koli, c'était un terme qui s'appliquait tout à la fois à la période et au phénix lui-même. Il répond à l'hébreu A/?o/, qui veut dire « cercle» et « cycle » , de la racine khoid et khil, « tourner » , et qui de
(1) Die Phœnixperiode, dans la Zeitschrift der deutschen morgejilœndischen Gesellschaft, t. III, p. 63 et suiv.
(2) Le palmier n'a pas été un emblème cyclique en Egypte seulement : nous avons vu dans une note, p. 13, que, à Babylone, on attribuait à cet arbre 360 vertus, ces 360 vertus représentant les jours de l'année.
plus se disait du phénix. Le verset 18 du chapitre XXIX de Job, que la Vulgate traduit de la manière suivante : In nidulo meo moriar^ et sicut palma multiplicaho dies^ tous les commentateurs juifs, "à l'exemple du Talmud (1), le traduisent ainsi : « Je mourrai dans mon nid, et je renouvellerai mes jours comme le Phénix. » Ce que le Talmud interprète par phénix, la Vulgate le traduit par palma, « palmier » ; le mot du texte, khôl, a les deux sens, mais le contexte exigeait que l'on traduisît comme les Juifs. Voici au sujet de ce passage le singulier commentaire du Midrasch Bereschith rabba: « Tous les animaux mangèrent avec Eve du fruit défendu, à l'exception de l'oiseau X;/«o/, duquel il est dit : Je miiltiplierai mes jours comme khôl. » Le rabbin larchi attribue également l'immortalité dont jouissait cet oiseau à ce qu'il ne goûta pas, dans le Paradis, au fruit de l'arbre qui porte la mort. Et un autre rabbin, toujours dans le Midrasch précité, dit qu'il vivait mille ans et que, au terme de cette période, il s'élevait de son nid un feu qui le consumait presque tout entier; (1) Sanhedr., f. J08.