TT^OTOS VU CHEV\IET
e m'en vais sur la route. Une lune sereine Éclaire, cette nuit, une antique fontaine. Je l'aperçois, là-bas, au penchant du coteau. Une source lui filtre, à travers les fissures D'un roc, une eau d'argent aux transparences pures. A cette heure s'éteint le bruit des doux murmures, Et vers l'étang prochain s'incline le roseau.
« Je ne connus jamais ni l'effort ni la lutte; Je mène mes troupeaux au souffle de ma flûte, Et j'aime à vivre ainsi près d'un bois toujours vert. J'admire la splendeur de la voûte étoilée, Plein d'extase devant la nuit immaculée. Mon âme de cristal, dès l'enfance isolée, Tressaille librement devant le ciel ouvert.
LE GRAND RÊVE 6l
« O Paix de l'impassible et farouche silence! Toi le plus pur joyau de mon humble existence, Combien tu m'as charmé de ton chant pastoral, Auprès de la fontaine à la blanche margelle! Viens où la liberté du printemps nous appelle, Et dont l'écho pensif, et léger comme une aile, Nous invite au penchant clair et fleuri du val.
« Ce soir, tu verseras, en notes cadencées, Comme un don précieux, le calme à mes pensées. Divine et simple Paix aux rythmes éternels, Dont la tendresse épand ses bienfaits sur la terre, Laisse-moi m'arrêter dans ce lieu solitaire Où tombe de l'azur un rayon de lumière, Afin de m'endormir dans tes bras maternels. »
62 l'âge d'argent
TT^OTOS VU ScAGE
k le penchant fleuri d'un lointain promontoire, Inaccessible aux bruits sonores de la gloire, Anachorète au front sans cesse illuminé, Je rêve tout le jour et dans la nuit je pense. J'ai toujours méprisé la fragile puissance; Nul ne sait la raison de mon humble existence : Je suis à l'éternel mutisme condamné.
« Mes heures de repos se parent de lumière; On me dit l'impassible et le grand Solitaire. Toujours j'ai parcouru, par le même chemin. Les instants de ma vie enguirlandés de treilies, De jacinthes, de thyms, de sources et d'abeilles. Les voix de la forêt remplissent mes oreilles, Et le Temps, guide sûr, me conduit par la main.
« Toujours je n'aspirai qu'à la simple Sagesse, Car elle sait guérir les maux et la tristesse; Car la Sagesse est un rare présent des dieux. Car seule, elle nous fait, au cours de nos années, Comprendre dignement les sombres destinées Dont les routes, de pleurs à jamais imprégnées, Laissent nos pieds meurtris et nos fronts soucieux.
« Déjà ma fosse s'ouvre où je devrai descendre;
Je connais le talus où dormira ma cendre;
Je ne foulerai plus désormais de mes pas
Le champ ou s'écoula librement mon jeune âge.
Mais dis-toi bien, Passant, au cours de ton voyage
« Un soir, sans murmurer, ici mourut un sage
« Qui sut se contenter de ce qu'il n'avait pa:
is. »